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Windhaven – George R.R. Martin & Lisa Tuttle

WindhavenUn archipel battu par les vents ; des dizaines de petites îles qui ne peuvent communiquer que grâce aux aériens, ces hommes et femmes volants. Leurs ancêtres ont fabriqué leurs ailes indestructibles à partir de celles des navigateurs stellaires qui jadis s’abîmèrent près de Port-aux-Tempêtes. Depuis, de père en fils, les aériens se transmettent la tradition du vol. Pourtant Mariss, bien qu’enfant de pêcheur, a appris à voler grâce à son père adoptif. Mais quand son frère Coll atteint l’âge de treize ans, c’est à lui de prendre traditionnellement les ailes pour toujours, même s’il ne le veut pas. Portée par son amour du vent, Mariss va mettre toutes ses forces d’enfant dans sa révolte et convoquer un conseil des aériens : pourquoi ne pas transmettre les ailes au mérite ? Pourquoi ne pas instituer des écoles de vol pour que les rampants (entendez- ceux qui ne sont pas nés d’aériens) qui le veulent vraiment deviennent des aériens ?

Mais malgré sa victoire, Mariss ne sait pas qu’elle vit dans une société de castes. Quand on la retrouve dans la seconde partie, sept ans plus tard, les écoles de vol existent bel et bien mais les dissensions entre aériens nés et une-aile (rampants devenus aériens par mérite) sont sensibles. L’aristocratie aérienne s’est parfois vue enlever des ailes dans leur famille depuis des générations. Val Une-Aile le cynique va pousser Mariss à affronter les contradictions que sa réforme a engendrées.

Windhaven est surtout le portrait d’une femme à trois âges différents de la vie. Idéaliste et volontaire, elle devra affronter les conséquences de son rêve et les bouleversements sociaux qu’il a entraînés. C’est une belle histoire, très traditionnelle et finalement sans beaucoup de surprise. L’univers inventé est cohérent ainsi que la société de castes et les personnages principaux comme secondaires. Tout ça est fort bien raconté mais ne m’a pas vraiment émue malgré certains passages fort tristes.

On sent une plume féminine derrière celle de Martin d’habitude plus cruel et moins indulgent avec ses personnages. On reste ici dans le domaine d’une belle histoire, même si celle-ci se déroule dans un univers rude, sans princesses ni magie. Sans être réductrice, je dirai que c’est un livre féministe où une héroïne de très basse condition parvient à changer la société hyper hiérarchisée dans laquelle elle vit. Même si à l’arrivée tout n’est pas aussi parfait qu’elle l’espérait, elle a fait quelque chose pour changer le monde, et vous aussi, femmes de tout pays, vous le pouvez… Pourtant, je ne me suis pas sentie proche d’elle parce que, me semble-t-il, il était évident dès le début du roman qu’elle allait parvenir à ses fins. Finalement, je crois que je préfère les sagas sans fin où le héros (putatif) meurt au deuxième tome : j’aime être surprise et malmenée par des scénarios originaux. Quand Martin met de la Tuttle dans son vin, le breuvage s’adoucit au détriment de l’ivresse.

1ère traduction française : Denoël (Lunes d’encre) sous le titre : Elle qui chevauchait les tempêtes

George Martin et Lisa Tuttle sur Mes Imaginaires


Windhaven (1981), George R.R. Martin & Lisa Tuttle traduits de l’anglais (américain) par Patrick Marcel, J’ai Lu Science-Fiction n°8226, 429 pages, 8€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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