Jeunesse

Le secret de Térabithia – Katherine Paterson

Katherine PatersonQuasi inconnu en France, voici que ce roman pour la jeunesse refait une percée à l’occasion de son adaptation par les studios Disney (réalisation Gabor Csupo). A la base, une belle histoire d’amitié entre deux préadolescents un peu différents des autres qui se rapprochent et créent un monde imaginaire pour échapper au quotidien. Jess est en CM2 et son rêve est d’être le coureur le plus rapide de l’école. Il s’est entraîné tout l’été et le voilà sûr de lui. Mais une nouvelle arrive, Leslie, qui court plus vite que tout le monde et voilà que tout le beau rêve s’effondre. D’ailleurs, tout le monde lui en veut à l’école, sauf Jess qui fait de la nouvelle, qui est aussi sa voisine, une véritable et unique amie. Seul garçon d’une fratrie de cinq plutôt démunie, il se trouve bientôt des atomes crochus avec cette fille d’écrivains, plutôt intello qui n’a pas la télé (la honte !). Pour mieux se retrouver, ils s’inventent un monde rien qu’à eux, dans la forêt, qu’ils nomment Térabithia. Ils en deviennent les souverains et les gardiens. Peuplé d’ennemis imaginaires et invisibles, il devient le sanctuaire de leur amitié que seul le chien Prince Terrien pourra partager.

A l’inverse de ce que laisse présager la couverture du livre qui est aussi l’affiche du film, les ennemis imaginaires des deux enfants ne s’incarnent jamais. Nulle bête à poils, à plumes ou à cornes ne foule le royaume fantasmagorique de Térabithia et tout se déroule dans l’imagination des deux amis. Une très belle histoire d’amitié d’ailleurs, dans l’Amérique des années 70. Il fait bon lire un roman américain pour la jeunesse où de riches parents abandonnent la capitale pour la campagne sans être ridicules, où des enfants peuvent affirmer ne pas croire en Dieu et qui se termine très tragiquement. Tout n’est pas consensuel et bien poli dans ce court roman, jusqu’au trouble amoureux éprouvé par le jeune Jess à l’encontre de sa prof de musique.
Mais gageons que le film ne saura pas sauvegarder cette magie-là et puisera plutôt dans le grand spectacle et les effets spéciaux grandioses (elfes, trolls et affreux méchants innommables). Les monstres intérieurs de Jess et Leslie auront un visage et je suis sûre que les personnages seront beaucoup plus stéréotypés. Le scénario s’est fait avec l’accord de l’auteur et de son fils, alors peut-être que l’âme du roman sera préservée.

Le secret de Térabithia (1977), Katherine Paterson traduite de l’anglais (américain) par Caroline Westberg, Hachette Jeunesse, mars 2007, 189 pages, 10 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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