Adultes

Le Livre des mots / 1 – Julie V. Jones

JonesCette nouvelle série de fantasy fait partie de la première salve de titres proposés par la nouvelle collection de fantasy grand format chez Calmann-Lévy. C’est pour ma part le troisième que j’essaie de lire, ayant abandonné les deux premiers, accablée au bout de 150 pages… J’ai achevé celui-là qui ne manque pas d’atouts, à mon avis.

J.V. Jones entremêle plusieurs histoires, liées entre elles bien sûr, sans que l’on sache toujours clairement les motivations profondes de chacun des protagonistes, ce qui ajoute du sel à la narration. Nous avons un jeune homme, Jack, qui voudrait bien être boulanger tout simplement, mais qui va être rattrapé par son destin : il ne sait rien du passé ni des origines de sa mère qu’on dit putain, et ignore jusqu’au nom de son père. Un jour qu’il laisse brûler une fournée de petits pains, il panique et sa peur, le dépassant, permet aux pains de ne plus être brûlés : sorcellerie ? C’est ce que soupçonne Baralis, le sinistre chancelier du roi, lui-même sorcier redouté qui décide de tirer ça au clair, sauf que Jack se sauve loin du château. Et il n’est pas le seul. Melli, fille du puissant Maybor s’enfuit aussi pour échapper au mariage arrangé par son père avec le prince héritier à l’allure malsaine (on sait grâce au prologue qu’il est le fils de Baralis, contre la volonté consciente de la reine). Baralis fait chercher Melli pour faire échouer les plans de Maybor qu’il déteste ; Maybor cherche sa fille… Parallèlement, Taol, chevalier de Valdis s’en va par monts et par vaux accomplissant sa quête : il cherche un garçon pas comme les autres… Le monde est vaste, et avec si peu de renseignements, voilà bien longtemps qu’il cherche, sans même savoir pourquoi. Ses pas le conduisent sur l’île de Larne où les prophètes sont enchaînés à des pierres depuis leur plus jeune âge et leur vie durant : difficile expérience dont il semble garder des stigmates internes. Mais sa quête est de plus en plus difficile car l’archevêque de Rorne, l’adipeux Tavalisc, fait interdire l’ordre des chevaliers de Valdis devenus trop puissants à son goût. Tout ce monde-là avance, progresse, se met des bâtons dans les roues, s’affronte et se trucide à l’occasion tout en gardant à l’œil la prophétie du livre de Marod qui dit qu’un homme viendra sauver la terre de sa malédiction…
Si ce premier tome a retenu mon attention c’est que d’une part, la narration y est dynamique, grâce à l’alternance des personnages. D’autre part, l’humour y est très présent, qui est un ingrédient peu usité des auteurs de fantasy. La Bousille et Finaud, deux bons paysans de base, ouvrent de nombreux chapitres : il parlent invariablement de leurs expériences sexuelles, l’un étant quelque peu niais en la matière et l’autre se targuant de connaître bien des vérités (« Non, La Bousille, ce n’est pas à la taille de ses mamelles qu’on peut savoir si une femme possède ou non une nature passionnée« ). J’aime également beaucoup les natures perverses de Tavalisc et Baralis et particulièrement leurs échanges avec leurs assistants. L’archevêque passe son temps à manger comme un porc (torturant ses crustacés avant de les avaler quasi vivants) et à humilier Gamil par les taches ingrates qu’il lui assigne et par ses réparties (« Ce ne serait pas une si mauvaise idée que vous preniez vous-même un bain de temps à autre. Il n’est pas convenable que mon assistant vaque à ses affaires en dégageant une odeur de vieille sèche crevée« ).

Tous ces éléments ne font pas de ce premier volume un chef d’œuvre du genre (les personnages restent stéréotypés, en particulier les jeunes héros) mais un texte de fantasy traditionnel agréable à lire, où on ne s’ennuie pas (c’est si rare finalement) et où on rit même parfois.

Le Livre des mots – 1 : l’enfant de la prophétie (1995), Julie V. Jones traduite de l’anglais (américain) par Guillaume Fournier, Calmann-Lévy, octobre 2005, 478 pages, 24,50 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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