Jeunesse

Blanche ou la triple contrainte de l’Enfer – Hervé Jubert

jubert2.jpgCoeurParis 1870. Les habitants fuient la capitale assiégée par les Prussiens. La famille Paichain se presse gare Montparnasse pour attraper le dernier train en direction du Mans et voilà que Blanche, presque 18 ans, le rate, happée par la foule. Qu’à cela ne tienne, elle retourne dans son appartement et rejoint tonton Gaston, commissaire de police de son métier. Et c’est tant mieux car cette fille un peu timide s’est fait offrir pour ses quinze ans le Dictionnaire de police, bible de l’investigateur, et une médaille d’inspecteur. Il s’avérera que finalement, Blanche a bien fait de rater ce train car il n’est pas très doué pour les enquêtes tonton, un peu obtus même… Il faut dire que les crimes qu’il doit débrouiller n’ont pas grand-chose de rationnel : les uns après les autres, des hommes portant un tatouage semblable sur le bras meurent violemment, leur corps se dissolvant ensuite en une sorte de liquide noirâtre qui ne laisse aucune trace d’eux. Alors que le préfet préférerait traquer les syndicalistes, Blanche va être d’une aide considérable dans cette étrange affaire de famille et de magie noire.

Hervé Jubert réussit là encore mieux que dans Le quadrille des assassins (est-ce possible ?) : l’intrigue est parfaite, la jeune héroïne crédible et le cadre historique irréprochable. On sent l’auteur hyper documenté sans que son travail préparatoire vienne alourdir l’intrigue sans faille qui progresse doucement mais sûrement au rythme d’une course de cadavres en victimes à sauver. Le roman fourmille de détails sur la vie à Paris dans les années 1870 et d’anecdotes contextuelles qui font incontestablement vraies et crédibilisent ce roman fantastique. Les vêtements, les commerçants aujourd’hui disparus, la morgue, les rues anciennes, la place des femmes dans la société parisienne, et même le succulent Nadar, tout est là. Un reproche cependant : cette période est absolument inconnue des lecteurs auxquels ce livre est destiné, aussi deux ou trois notes de bas de page n’auraient-elles pas été de trop. Exemple : nos jeunes adolescents ignorent qu’une ambulance ne désigne pas un véhicule automobile chargé de transporter des malades. Ils ne savent pas non plus ce qu’était un moblot, un vent-du-nord, un bonheur-du-jour, voire même un helléniste. Ce n’est pas pour autant qu’il faut réduire le vocabulaire, je ne suis pas partisane du nivellement par le bas et encore moins du style téléphoné (bravo pour le superbe titre), mais un petit glossaire aurait été le bienvenu…

Pour info : bonheur-du-jour : sorte de petit meuble où l’on serre les papiers et les objets auxquels on tient (Littré, 1872) ; moblot : nom populaire, en 1848, des hommes appartenant à la garde mobile (idem). Je suis preneuse pour une définition de « vent-du-nord » qui doit être une sorte d’éventail…
En tout cas bravo et encore bravo pour ce roman à la fois policier, historique et fantastique. Hervé Jubert on ne le surveille plus, on l’attend avec impatience !

Hervé Jubert sur Mes Imaginaires

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Blanche ou la triple contrainte de l’Enfer, Hervé Jubert, Albin Michel (Wiz), mai 2005, 441 pages, 15€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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