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Le puits des histoires perdues – Jasper Fforde

ffordeLe troisième opus des aventures de Thursday Next au pays des livres est à la hauteur du second : génial et inabouti. Génial parce que Jasper Fforde a une imagination littéraire folle et réjouissante. Cette fois nous voilà transportés avec l’héroïne dans le puits des histoires perdues, en gros le rebut des livres jamais publiés. Enceinte, elle s’y rend en espérant y vivre un congé maternité reposant, loin des foudres d’Aornis, sœur d’Acheron (voir les épisodes précédents).

Elle y rencontre des personnages génériques (vous savez, ceux qui remplacent, comme pour les médicaments) qui ont des réparties succulentes (« J’ai été formée à l’Ecole des Génériques pour jouer les personnages de mère dans les romans de gare. Si j’avais su que j’allais être recrutée pour ça [médecin légiste], j’aurais fait un séjour de quelques heures dans un Cornwell« ), des personnages morts nés et toujours, des héros de la littérature anglaise qui vous donnent l’air c… si vous ne vous y connaissez pas parfaitement.

Et c’est bien là le problème : on a l’impression de passer à côté de plein de références et de jeux de mots, c’est agaçant. Je ne sais malheureusement pas qui sont Humpty Dumpty et Mrs. Tiggywinkle. Je n’ai pas lu Le moulin sur la Floss, La petite Doritt, Raison et sentiment et Fido chien de berger de Enid Blyton. Heureusement, je situe Heathcliff, Falstaff et Ichabod Crane (merci Tim Burton !) mais Les Grandes Espérances de Dickens est toujours sous mon coude, qui me permettrait enfin de savoir qui est Miss Havisham, personnage central dans ce troisième volume comme du second. Alors j’arrive à beaucoup apprécier le stage « gestion de la colère » dans Les Hauts de Hurlevent qui est très très drôle, mais la grève des personnages de comptines me laisse de marbre car ma pauvre mère, d’origine normande, ne me les a pas chantées. Le travail de la traductrice est par ailleurs à souligner car, entre autres, l’attaque du vyrus ortografique dans L’Epée des Zénobiens est un morceau de bravoure. Il s’agit d’ailleurs pour les personnages de la Jurisfiction de récupérer le Minotaure enfermé et nourri au yaourt depuis des siècles : pas une mince affaire…

Alors on s’amuse beaucoup, tout en sachant qu’on pourrait hurler de rire. Le scénario quant à lui part dans tous les sens, et on a plus à faire à une suite d’épisodes qu’à une histoire suivie. A l’arrivée on se dit qu’il faudrait des notes de bas de pages pour contextualiser mais qu’elles plomberaient le texte irrémédiablement. Finalement, le lecteur français de base (n’ayant pas lu les grands classiques de la littérature britannique) reste à la porte de ce livre certes brillant mais élitiste.

Jasper Fforde sur Mes Imaginaires

Le puits des histoires perdues (2003), Jasper Fforde traduit de l’anglais par Roxane Azimi, Fleuve Noir, octobre 2006, 464 pages, 22€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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