Adultes

Le chant de Kali – Dan Simmons

SimmonsRobert Luczak, poète de son métier est chargé de se rendre en Inde pour récupérer le manuscrit d’un écrivain, Das, que tout le monde croyait mort depuis longtemps. Sa femme étant d’origine indienne, il l’emmène ainsi que leur bébé. Mais le voyage n’a rien de familial car Calcutta est un enfer :  » Il est des lieux maléfiques qui ne devraient pas exister. Il est des villes malfaisantes où l’on ne peut demeurer. Calcutta est de celles-là. » Le poète va rapidement se trouver confronté à la secte des dangereux Kapalikas, adorateurs de la cruelle et sanguinaire déesse Kali. En quelques chapitres aussi éprouvants qu’effrayants, un jeune homme va lui raconter son initiation et la résurrection de Das par la déesse elle-même. Luczak va devoir courir vite, très vite dans les rues immondes et étouffantes de la ville misérable, minée par sa pègre et son code social rigide. Par la voix de Amrita Luczak, l’Occidentalisée, Simmons critique les excès et les absurdités auxquels conduit cette société de castes.

Il y a du Stephen King dans ce premier roman de Simmons (même si celui-là en prend pour son grade au passage) dans les thématiques du héros écrivain et de l’enfant au centre de l’intrigue. Mais le suspens est bien moins mené et la fin inaboutie. Simmons n’a pas choisi entre un roman sur l’Inde et un thriller à ficelles efficaces. Alors le roman sur l’Inde est intéressant, quasi documentaire parfois dans sa description des rues, des odeurs, de la chaleur, mais coupe le rythme de la narration. Autant on est au cœur du pays à travers le récit du jeune Kapalika, autant le couple d’Américains est hollywoodien et caricatural (trop de bruit, trop chaud, observations à l’emporte pièce). Ils sont les victimes innocentes d’une malédiction qui les dépasse. Les thèmes du mal et de la souffrance, chers à Simmons sont déjà là : pourquoi le mal ? Qui est responsable ?
Le roman se lit facilement car la plume de Simmons, même débutante, est habile. Le dépaysement est plaisant et documenté, l’intrigue ne traîne pas en longueur : on a donc là un petit plaisir parfois saignant, un hors-d’œuvre à découvrir.

Dan Simmons sur Mes Imaginaires


Le chant de Kali (1985), Dan Simmons traduit de l’anglais (américain) par Bernadette Emerich, Gallimard (Folio SF n°201), février 2005, 372 pages

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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