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Le Soldat chamane / 1 – Robin Hobb

Hobb-5.jpgAlors que s’achève en France la publication des treize volumes de L’Assassin royal, commence celle d’un nouveau cycle de Robin Hobb : Le Soldat chamane. Difficile de ne pas comparer.

Exit le Moyen Age européen, nous voici dans ce qui ressemble fort aux Etats-Unis d’Amérique aux temps glorieux de la conquête. Jamère, le héros narrateur est fils d’un nouveau noble : satisfait des services de ses officiers, le roi Troven en a anobli certains (tels des barons d’Empire) qui lui sont de fait très reconnaissants et beaucoup moins prompts à la contestation que les nobles de souche. Leur nombre va grandissant et les anciens nobles grincent des dents. Mais ils ont de quoi se venger, Jamère va le comprendre en intégrant la toute nouvelle école de cavalerie du royaume, la cavalla, chargée de former les officiers de demain. Là, anciens et nouveaux nobles n’ont droit au même traitement que dans les textes, la réalité est tout autre.
Voilà pour ce premier volume français qui nous conte l’enfance de Jamère, son éducation avant l’école d’officiers et les premiers mois qu’il y passe. Or il se présente comme un personnage absolument sans relief ni intérêt : second fils de noble, il est voué à l’armée dès la naissance et n’a jamais songé à faire autre chose de sa vie : « J’avais pour unique ambition celle qui m’accompagnait depuis ma naissance : faire la fierté de ma famille« . Droit dans ses bottes, c’est un bon fils, un bon élève et un fiancé niais à souhait. Il ne se pose aucune question, obéit sans broncher, observe à la lettre le code de l’honneur et écrit à date précise des lettres à son papa et sa maman. Où est donc l’intérêt du livre ? Eh bien c’est de savoir que tout ça ne va pas durer… D’abord parce que j’ai déjà eu vent de la suite… et ensuite parce qu’à l’âge de quinze ans, avant d’intégrer l’école, Jamère a vécu une expérience très particulière. Son père l’a confié à un ancien ennemi qu’il respecte pour son courage et sa droiture, un Nomade de la tribu des Kidonas nommé Dewara. Celui-ci va l’utiliser : lors d’une transe plus ou moins mystique, Jamère doit accomplir un chemin censé rouvrir aux Kidonas le chemin de la magie ancestrale dont ils ont été dépouillés par leur ennemi héréditaire, le peuple des Ocellions, les Tachetés, bien avant l’arrivée des Gerniens (entendez des Américains). Le jeune adolescent rencontre alors une femme arbre qui lui tient un discours étrange qui résonnera longtemps à ses oreilles. Envoyé par le Kidona, il doit tuer la femme arbre mais comprend que ce combat n’est pas le sien. Il va sortir physiquement très amoché de cette rencontre et de la rancune du Kidona, mais acquérir une perception du monde différente de celle de ses semblables dont il ne se rend pas vraiment compte. Il va par exemple développer une sensibilité particulière à la nature, aux fleurs et aux arbres que les pionniers massacrent pour s’installer.
Donc, un seul mot : patience. Pour l’instant, Jamère s’avère moins consistant que Fitz et son expérience chamanique (seul élément qui rattache ce roman à la fantasy) n’a l’air de lui avoir servi à rien. C’est le jeu des découpages à la hache française, qui s’avère ici risqué car le personnage a peu d’envergure. C’est à mon avis pourquoi le tome 1 sort fin octobre et le 2 début janvier : il faut donner rapidement des raisons aux lecteurs de s’attacher à une série qui fera certainement une dizaine de volumes à 21,50 euros l’unité… Et pour vous aider à patienter, sachez que le royaume de Gernie va être ravagé par la peste ocellionne qui dans ce premier tome ne sévit que sur les côtes, et que Jamère va subir une terrible mise au banc de la stricte société gernienne. La mise en place est certes longue, mais on est tout de même happé par cette description minutieuse des us et coutumes de Gernie, par l’entrée à l’école de cavalerie et par le récit cet adolescent naïf mais sincère.

Robin Hobb sur Mes Imaginaires

Le Soldat chamane – 1 : la déchirure, Robin Hobb traduite de l’anglais (américain) par Arnaud Mousnier-Lompré, Pygmalion, octobre 2006, 358 pages, 21,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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