Jeunesse

Moïra / 1 – Henri Loevenbruck

LovenbruckLe nombre des rééditions est certainement un critère intéressant pour mesurer le succès d’un livre. Alors que la trilogie de La Moïra d’Henri Loevenbruck est toujours disponible dans son édition originale chez Bragelonne, alors qu’elle a déjà été rééditée en poche chez J’ai Lu, aussi disponible et en édition club chez France Loisirs, voici une troisième réédition, en collection jeunesse cette fois. La Moïra est en effet un des cinq cycles retenu par les éditions Hachette Jeunesse pour commencer une collection de fantasy. On reconnaît là l’engouement massif des éditeurs pour ce genre qui se décline à toutes les sauces et pour tous les âges. Mais Hachette Jeunesse ne prend pas de risque et table sur la réédition d’auteurs dont les séries se sont très bien vendues (Terry Brooks, Raymond Feist et à côté de ces grands américains, Henri Loevenbruck).

Alors pourquoi rééditer des titres par ailleurs disponibles et qui ne sont pas prêts d’être épuisés ? Si la première différence saute aux yeux grâce à une maquette très soignée, le grand changement est pour certains le découpage en encore plus court que la version originale française. On sait que les ouvrages anglo-saxons sont impitoyablement saucissonnés lors de leur première publication en France. Ici, c’est aussi le sort que subit La Moïra. On comptera donc désormais six tomes pour cette trilogie avec changement de titres à la clé (pour ne pas vous arracher vos derniers cheveux blancs, rendez-vous sur la page SOS Séries). Les préadolescentes auxquelles ce cycle est destiné le trouveront donc désormais avec les autres romans jeunesse doté d’un nombre moins impressionnant de pages. Mais à 6,50 euros en moyenne le volume, l’opération est économiquement parlant un gouffre… pour l’acheteur.

Et l’histoire, dans tout ça. Aléa a treize ans, c’est une fille des rues, orpheline plutôt mal aimée des nantis de son village. Elle trouve un jour un cadavre, tout du moins son bras, et s’approprie sa bague. Mais à l’instant fatal, le mort lui saisit le bras et quelque chose se passe en elle. La douce jeune fille se retrouve ainsi investie, comprend-on plus tard, du pouvoir du Samildanach, sorte de super druide aux capacités magiques. Révolution en Gaelia car jamais le Samildanach n’a été une femme et une ancienne prophétie prévoie que si cela advient un jour, ce sera la fin des druides. Or ces druides et leur Conseil sont une instante politique importante en Gaelia, dépositaires qu’ils sont du pouvoir de la Moïra. Mais voilà qu’une nouvelle religion s’installe, prêchée par un évêque qui maudit la Moïra et en appelle au Christ, mort sur une croix. La jeune Aléa va devoir fuir les druides mais aussi Maolmordha le Renégat qui souhaite s’emparer du Samildanach et a lâché sur elle ses noirs Herilims. Mais elle se fait des amis qui sont autant de compagnons de route : Mjolln le nain cornemuseur, Faith la barde venue venger la mort sanglante des bienfaiteurs d’Aléa, Phélim le druide qui a renié les siens pour l’aider et son magistel (ou garde du corps) Galiad qui est par ailleurs le père du beau et jeune Erwan.
Ajoutez à cela un retour en force des Tuathanns, premiers habitants de l’île de Gaelia, jadis anéantis par les soldats venus des mers du Sud mais réfugiés dans le Sid et une louve, Imala, qui suit un parcours identique à celui d’Aléa et vous aurez assez de personnages et d’ingrédients pour nouer une intrigue riche tout en restant facile à lire. On retrouve les guerres intestines entre clans, les pouvoirs magiques révélés à une jeune orpheline, une troupe disparate unie par l’amitié et un but commun et un monde ancien à sauver, thèmes traditionnels en fantasy. C’est l’univers des loups qui fait l’originalité du cycle et Loevenbruck décrit avec précision, et une certaine passion le quotidien de ces animaux sauvages traqués par les hommes.

Une réédition en jeunesse est donc certainement une bonne idée commerciale pour toucher un public qui ne fréquente pas les rayons SF et fantasy des librairies. Le lecteur y gagne une présentation attrayante et soignée (jaquette orangée à rabats, papier blanc).

Henri Loevenbruck sur Mes Imaginaires


Moïra, tome 1 : le chemin de la louve, 253 pages, 6,20 € ; tome 2 : la fille de la terre, 218 pages, 6,90 €, Henri Loevenbruck, Hachette Jeunesse (Le Livre de Poche Jeunesse / Fantasy), novembre 2006

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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