Adultes

Aux sources du temps – Alain Leboutet

LeboutetComment ne pas être emportée par une vague de colère à la lecture de ce livre ? Il est évident, dès les premières pages que le travail de l’éditeur est inexistant. Même pour un livre édité à compte d’auteur, il me semble que « France Europe Editions » (plus vendeur de papier qu’éditeur) aurait pu faire plus qu’imprimer le texte envoyé par l’auteur, sans aucune relectures, corrections et surtout sans conseils à un auteur certes débutant mais pas à cours d’imagination : 593 pages de space opera pour un premier roman, c’est ambitieux, mais avec cet « éditeur »-là, c’est raté.

Car ce pavé est truffé de coquilles et d’erreurs capables de vous décourager au bout de dix pages. La ponctuation semble avoir été semée au petit bonheur, pour le plus grand malheur du texte (tirets de dialogue impromptus, manque de virgules, points d’interrogation inutiles…etc…). Je ne parle pas des fautes d’orthographe, mais ce qui me gêne le plus ce sont les phrases qui n’entretiennent qu’un rapport lointain avec la grammaire française. Petit florilège : « Il la suivit alors qu’elle se dirigeait presque en courant vers le petit salon…[…]. Quand il la rejoint, elle avait déjà enfilé son blouson (p.36) » ; « Aucun des deux n’avait pas un caractère d’urgence« (p.65) ; « Nous décidèrent de nous rencontrer (p.77) » ; « C’est difficile à répondre (p.271) » ; « Sinon je ne vais pas quoi savoir faire (p.458) ». Je passe sur les inversions de prénoms, sur les multiples « en tous les cas », les répétitions à n’en plus finir et les confusions de vocabulaire (tribut au lieu de tribu, par exemple). Bref, c’est une étape bâclée qui rend le livre pénible à lire.
Et pourtant je l’ai lu, car je m’intéresse particulièrement aux premiers romans… Alors l’histoire : un groupe de femmes militaires a été envoyé dans l’espace à la recherche de vaisseaux marchands disparus. Au cours de leur mission, elles ont été attaquées par une entité inconnue qui a kidnappé deux d’entre elles. De retour sur sa planète, une des survivantes, Palm, cherche à convaincre Arm, propriétaire d’un vaisseau, de partir à la recherche de ses compagnes. Elle y parvient bien sûr et avec l’aide du peuple Tzyg va bientôt entrer en contact avec les Zong, créatures immatérielles et pour certaines pétries de mauvaises intentions à l’égard des autres civilisations. En effet, une partie du peuple Zong s’est rebellée et, manipulant le temps, cherche à dominer l’univers pour son seul profit. Les Zong rebelles étant très puissants, il ne faudra pas moins que l’aide de Déos, le maître du temps, pour en venir à bout.
Il y a dans cette histoire à peu près autant de bonnes idées que de maladresses. Exemples : on ne sait pas à quoi ressemblent les personnages ; on ne sait pas quelle(s) marchandise(s) si importante(s) est à l’origine du commerce Zong florissant ; on ne connaît pas la cause de l’enlèvement des femmes ; pas plus qu’on ne sait pourquoi les Tzygs décident d’aider les Hommes dans leurs recherches alors que l’humanité les opprime depuis longtemps sur leur propre planète…etc… Il y a des passages très longs (la guérison de Boj, le spectacle des fémines), d’autres plus efficaces (la rencontre Arm-Palm) et des scènes mythologico-new age qui ne me convainquent pas mais tous les goûts sont dans la nature.
Avec une imagination pareille, il faudrait qu’Alain Leboutet rencontre un directeur de collection capable de le conseiller, de canaliser son écriture et son inspiration. Il lui faut aussi une maison d’édition digne de ce nom, dotée d’un service de relecture efficace. Allégé de tous ces défauts qui sont autant de freins à la lecture, nul doute que l’auteur nous offrira de la belle et bonne science-fiction.

Aux sources du temps, Alain Leboutet, France Europe Editions, 4ème trimestre 2004, 595 pages, 25€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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