Adultes

Le dernier rayon du soleil – Guy Gavriel Kay

KayVoici un livre difficile à résumer : pas de héros mais des destins qui se croisent, pas d’intrigue mais une vaste saga, sur le modèle des récits nordiques, se déroulant dans le nord de l’univers déjà imaginé par Kay dans ses précédents romans.

Trois peuples s’affrontent : les Erlings, marins émérites vivant bien au Nord du monde sur des terres ingrates ; sur leurs vaisseaux-dragons, ils écument les mers pour des raids meurtriers et enrichissants. Les Anglcyns sont les premières victimes des Erlings et ont bien failli disparaître sous les assauts répétés de ces rudes marins. Les Cyngaëls vivent dans le même pays que les Anglcyns mais de l’autre côté du mur : ils sont eux-mêmes divisés en trois nations qui s’affrontent. Ceux de l’entremonde forment un quatrième peuple non avéré mais sur lequel courent bien des légendes.

Kay choisit quelques personnages dans chacun de ces peuples, parmi les membres des familles royales afin qu’ils incarnent le destin de leur nation. Parmi les Erlings, on s’attache plus particulièrement à Bern, jeune homme contraint de fuir son village et de se faire mercenaire en allant chercher la gloire au-delà des mers. Il prend part au grand raid des Erlings contre les Cyngaëls et les Anglcyns, initié par Ivarr Ragnason, petit-fils sournois et contrefait du grand Volgan, jadis tué par Brynn ap Hywll, le fléau des Erlings. Ivarr a décidé de se venger mais il doit tromper les hommes qu’il engage : depuis deux générations, les Anglcyns ont relevé la tête sous la direction de leur roi Aëldred. Ils ont bâti et fortifié des villes et la victoire ne sera pas aussi facile que prévu…

Kay parvient à reconstituer le monde viking de façon si convaincante que l’on est sans hésitations transporté dans le Vinland du haut Moyen Age. Les villages, le sort des femmes, la bière, la vie d’hommes rudes et sans peur : des vies souvent courtes, tracées d’avance. Moins convaincant est l’entremonde qui symbolise les anciennes croyances, celles des fées, qui apparaissent comme des fantasmagories en technicolor et conférant à quelques élus humains le pouvoir de télépathie : pratique mais trop facile. Pas vraiment convaincue non plus par les amourettes entre princes et princesses alors que le quatuor des enfants royaux est potentiellement intéressant. Kay ayant choisi de ne s’attacher à aucun personnage en particulier, l’attention s’éparpille sans réussir finalement à s’attacher à un en particulier. Ce défaut a au moins une qualité : celle de donner à quelques destinées humaines l’ampleur de destins universels, comme jadis dans les grandes sagas quelques hommes et femmes incarnaient le sort de tout un peuple. Les événements l’emportent alors sur la psychologie. Avec un cadre aussi original, le dépaysement est garanti.

Guy Gavriel Kay sur Mes Imaginaires

 

Le dernier rayon du soleil (2004), Guy Gavriel Kay traduit de l’anglais (canadien) par Elisabeth Vonarburg, Le Pré aux Clercs Fantasy, avril 2006, 487 pages, 21 €

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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