Les Hauts Esprits – Claude Ecken


EckenClaude Ecken prend son temps pour écrire, c’est donc avec plaisir que l’on ouvre une nouvelle parution, même si l’écriture date déjà de quelques années. Il se frotte une fois encore au fantastique, sans chercher, comme cela se fait beaucoup aujourd’hui, à rivaliser avec les Anglo-saxons en utilisant leurs ficelles, leurs schémas narratifs pour un résultat qui au mieux sent le pastiche, au pire, la débandade. Nous sommes ici dans la France profonde, celle du Sud qui mêle taiseux et cancaniers, vieilles croyances et pragmatisme paysan. Au cœur de l’intrigue, un virage qui accumule les accidents meurtriers. Un, deux ,trois, quatre véhicules viennent s’encastrer dans le chêne qui le domine, non sans que leurs occupants n’aient aperçu des ombres et autres silhouettes fantomatiques juste avant l’instant fatal. À Vallargues, on en vient à parler de malédiction. Sans trop se forcer d’ailleurs puisque le village a son sorcier, Stanislas d’Hautrequin, exilé par la foule depuis quelques temps, mais tout de même… Sandrine Magrade, l’institutrice, n’a jamais cru en la culpabilité de Stanislas en quelque domaine que ce soit. Elle essaie de rejoindre Stanislas pour le prévenir de la haine qui gronde mais en est empêchée par des phénomènes étranges. Prenant le parti du supposé sorcier contre le village, elle devient elle-même la cible de leurs ragots, puis de leur vindicte.

Le nombre de morts va grandissant de même que la tension dramatique. Sandrine va mener son enquête sur les disparitions (et en provoquer d’autres) avec l’aide d’un ancien ami d’enfance devenu parisien (la figure du rationnel…). Le personnage du mystérieux Stanislas n’apparaît que tard dans le roman et n’est pas fait à l’économie : malgré les assertions de Sandrine, c’est un véritable sorcier, mais d’un genre particulier. C’est un Haut Esprit, être humain aux pouvoirs psychiques immenses, au point de plier la matière à sa volonté. S’ouvre alors un combat avec Virgil Skobrès, le Haut Esprit du virage de Vallargues qui tue pour se régénérer.
Malgré une mise en place un peu longue, le suspense est tout à fait réussi. Il y a à mon avis trop de morts dans le virage maudit dans la première partie : à chaque fois qu’un nouveau personnage arrive on se dit qu’il va trouver la mort sous peu. Le procédé tourne au systématique, ce qui est dommage car Ecken donne à tous ses personnages, même s’ils doivent mourir trois pages plus loin, une véritable épaisseur psychologique. La seule chose vraiment ratée sont les relations de Sandrine avec son petit ami Christophe et Pascal, l’ami d’enfance : dialogues et rapports sont simplistes, on sent l’auteur mal à l’aise. A l’inverse, les habitants du village sont tous très bien plantés, chacun sa rancune, son secret, sa haine. Ça sent vraiment le vase clos où le drame bout lentement jusqu’à l’explosion finale lors de la fête du village (qui ne m’a tout de même pas totalement convaincue encore une fois à cause de l’avalanche de morts). Un bon point également pour les scènes de mort violente, décrites avec un luxe de détails qui fait frémir. Ma préférence va à celle où l’aimable clochard se fait couper la tête par la fenêtre d’une Jaguar animée de mauvaises intentions : il n’en finit pas d’être décapité, on en frémit à la lecture… Ecken est vraiment bon dans la cruauté gratuite.
Amateurs de fantastique arrêtez-vous donc sur ce roman-là, vous frissonnerez sûrement et vous prendrez au jeu de ces Hauts Esprits à l’univers mental redoutable. Dissimulés parmi les hommes, ils sont quasi omnipotents, méfiez-vous…

Les Hauts Esprits, Claude Ecken, Nestiveqnen, mars 2006, 363 pages, 21€

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