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Les Chroniques de Thomas Covenant / 1 – Stephen R. Donaldson

Donaldson« Enfin réédité dans son intégralité et dans une nouvelle traduction, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la fantasy » ; « Une écriture descriptive et poétique, des dialogues efficaces et une étude psychologique fouillée des personnages font de ce roman un monument du genre« . Vous voilà prévenus par la quatrième de couverture qui en plus d’un résumé ajoute aussi une citation flatteuse, évidemment, de Jacques Baudou. Et après tout ça il va me falloir vous expliquer pourquoi je n’ai pas été transportée par ce chef-d’œuvre…
Alors voilà : c’est l’histoire d’un écrivain qui du jour au lendemain contracte la lèpre et devient dès lors et comme il se doit, un paria. Sa femme le quitte, les gens l’évitent, voire le fuient, et ses doigts tombent les uns après les autres, un vrai cauchemar. Il devient irascible, et même carrément haineux. Quand un beau jour il se fait renverser par une voiture, il croit son dernier jour de souffrance arrivé. Manque de chance, il est transporté dans un autre univers, le Fief, où ses doigts manquants et son alliance le désignent comme le sauveur, le seul être capable de défier le Rogue qui menace le Fief, autant dire le Diable. Mais Thomas Covenant n’est pas disposé à jouer les héros, pas du tout. Il crie, tempête et éructe, tentant de faire comprendre à tous ces braves gens naïfs qu’il n’est pas celui qu’ils croient mais un sale lépreux, et méchant par-dessus le marché. Pour le leur montrer, il viole la première fille qui lui vient en aide. Et ce n’est que contraint et forcé qu’il va s’acquitter de sa mission : délivrer un message au conseil des seigneurs de la part du Rogue. Celui-ci leur annonce que la fin de leur monde est proche. Le Rogue confie son message à Covenant page 45 et lui-même le délivre aux sages page 260 : c’est long… Bien sûr, il rencontre des obstacles sur sa route, mais à mon avis rien de bien passionnant. Il parcourt la campagne et les descriptions de paysages abondent jusqu’à l’écœurement. Quand le conseil des sages décide de former une communauté constituée de races différentes pour se lancer à la recherche du maudit Bâton de la Loi que le fameux Kevin perdit il y a mille ans, on se dit qu’on a déjà lu ça quelque part…

Enfin j’ai tout de même poursuivi jusqu’à la page 400 puis abandonné. C’est qu’à mon avis ce roman a les défauts de ses qualités. Le personnage d’anti-héros de Covenant est très intéressant et original : menteur, violeur, incrédule bien sûr. Ça nous change de tous les jeunots gentils qui courent le front haut face aux méchants pour sauver le monde. Mais au bout d’un moment, le procédé est lassant. Il ne cesse de répéter qu’il rêve, que tout ça n’est pas vrai, mais bien sûr, puisque c’est de la fantasy. Il est finalement si détestable qu’on a envie qu’il crève dans un coin de sa sale maladie et que les habitants du Fief se débrouillent sans lui. L’intrigue de ce premier tome singe Le Seigneur des Anneaux, comme ça se faisait alors beaucoup. Je me demande vraiment ce qu’on peut trouver de génial à ce livre-là. Je voudrais bien que les fans m’expliquent…

Les Chroniques de Thomas Covenant – 1 : la malédiction du Rogue (1977), Stephen R. Donaldson traduit de l’anglais (américain) par Isabelle Troin, Le Pré aux Clercs Fantasy, février 2006, 506 pages, 19,90€

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