Adultes

Tideland – Mitch Cullin

cullin.jpgDans le fin fond du Texas, au milieu de nulle part, il y a une vieille maison en bois. A l’intérieur, une petite fille, Jeliza-Rose, qui enfile au bout de ses doigts les têtes de ses poupées Barbie et leur fait la conversation. Elle parle aussi à son père, ex rockeur complètement camé, qui ne lui répond plus, prostré qu’il est sur le canapé. En fait, il ne lui répondra jamais car il est mort, tout comme sa mère morte d’une overdose qui a initié la cavale du père et de la fille. Voilà pour l’ambiance…

De ce monde-là Jeliza-Rose, onze ans, ne veut pas. Si ses parents ont choisi la drogue, elle choisit de peupler son univers de choses ou d’êtres qui n’ont rien en eux-mêmes d’extraordinaires mais qui le deviennent par le regard de la petite fille. De naturelles chez une enfant, les conversations avec les Barbie deviennent angoissantes car ces têtes sont autant de spectres défigurés et inquiétants. Tout est encore plus bizarre quand Jeliza-Rose rencontre sa voisine, une vieille embaumeuse borgne qui a jadis aimé son père et Dickens, adolescent lobotomisé qui s’est construit un monde au moins aussi étrange que le sien. Et voilà la vieille qui vide le père de l’intérieur, le vernit et le transforme en momie qu’elle couche sur le lit de Jeliza-Rose : « Tu vois les gens, ma fille, ne sont jamais vraiment morts…« .

Bienvenue au pays du cauchemar faussement naïf. Tout y est étrange et inquiétant, à la frontière du surnaturel et de la folie, mais raconté avec la fraîcheur d’une enfant innocente qui ne s’est jamais nourri que de beurre de cacahuète et de biscuits, aidant ses parents à préparer leurs doses quotidiennes. Elle ressemble à Alice aux pays des merveilles sauf que son pays merveilleux est glauque, peuplé de gens bizarres et d’écureuils hostiles.

Nous saurons très bientôt ce que Terry Gilliam (Brazil, Fisher King, Las Vegas Parano) a pu imaginer à partir de cette lecture puisque son adaptation est prévue en France pour le 28 juin 2006. Certainement quelque chose de délirant, inquiétant et collant, très collant, comme le beurre de cacahuète sur des doigts mal léchés.

Tideland (2000), Mitch Cullin traduit de l’anglais (américain) par Hélène Collon, Naïve, mai 2006, 276 pages, 18€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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