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Apparition – Graham Masterton

MastertonIle de Wight, 1992. C’est sympa d’habitude l’île de Wight, surtout en été, quand on est bien payé pour retaper une maison de style et qu’on doit oublier sa femme, partie avec ce salaud de Raymond. D’autant plus quand une affriolante jeune fille de dix-neuf ans un peu hippie vous demande asile pour l’été et qu’elle va vous faire la cuisine.

Les problèmes commencent quand ladite maison, Fortyfoot House, se révèle habitée par des entités surnaturelles absolument pas accueillantes : une espèce d’homme-rat extrêmement cruel, une jeune femme très belle et un homme en redingote et chapeau tuyau de poêle, qui furent les habitants officiels de Fortyfoot House à la fin du 19ème siècle quand des dizaines d’enfants moururent alors qu’ils étaient pensionnaires de l’orphelinat que la demeure était alors. David, son fils Danny et la jeune Liz entendent de drôles de scriitch-scriitch la nuit, venant du grenier. David se risque au grenier mais ce qu’il y voit, la chose-rat, le dissuade d’aller bien loin. Puis vient un dératiseur, au triste de sort, et les langues du village peu à peu se dénouent. Fortyfoot House serait à la fois maintenant et avant, ici et là-bas, hier et aujourd’hui… La belle propriétaire de jadis serait sortie des bas-fonds de Londres, élevée (née ?) par une créature démoniaque. Et David de se rendre compte qu’en regardant par une certaine lucarne, en passant par une certaine trappe, il peut retourner dans le passé, jusqu’en 1886 alors que le couple maléfique se livrait à un trafic innommable.

Graham Masterton est reconnu comme le maître de l’horreur en Grande-Bretagne, et l’on peut dire qu’il ne ménage pas ses effets, décrivant avec précision des scènes tout à fait insoutenables et très sanglantes. Il porte également une grande attention à la psychologie de ses personnages, qui sont bien campés à force de dialogues et de réminiscences. Ils ne sont pas d’une complexité folle mais le scénario ne le demande pas. On comprend rapidement que le héros narrateur est un personnage faible, indécis, et que ses hésitations vont l’entraîner plus loin qu’il ne croyait. Le scénario se déroule de manière efficace jusqu’au moment où, à mon avis, Masterton a voulu trop en mettre dans cette histoire et pour le coup charge de trop de significations cette pauvre demeure.

Il y est question de dieux sumériens qui auraient trouvé le moyen de voyager dans le temps grâce à leurs ziggourats ; de l’Antéchrist se réincarnant dans des sorcières depuis la nuit des temps ; et enfin d’un hommage à Lovecraft et à ses Grands Anciens qui fait déborder la barque : ce sont eux, créatures extraterrestres et néfastes, qui cherchent à revenir sur Terre grâce au secret des Sumériens. De fait la fin est confuse car les arguments se mêlent, mais bon, le lecteur a eu son compte de suspense, de terreur et de viscères. C’est ce qu’il recherche en lisant Masterton, donc pourquoi pas.

Graham Masterton sur Mes Imaginaires

 

Apparition (1990), Graham Masterton traduit de l’anglais par François Truchaud, Pocket, mars 1994, 367 pages

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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