Adultes

Electrons libres – James Flint

FlintL’idée de départ était d’écrire une biographie de James Acord, sculpteur de déchets nucléaires. Le romanesque a pris le dessus et le projet a abouti à Electrons libres, au genre inclassable mais au nombre de pages conséquent. Acord est devenu Jack Reever qui n’est pas le héros, mais bien plutôt un fantôme, une ombre que le héros, son fils Cooper James, poursuit. Ce dernier est Anglais, programmateur informatique dans un centre nucléaire, maillon d’une chaîne dont il ignore la finalité. Bourré de complexes, il vit une petite vie pépère jusqu’au jour où on lui apporte les cendres de son père dans une boîte à café venue des Etats-Unis.

Il décide alors de suivre les traces paternelles afin de découvrir qui était cet homme qui l’a abandonné, lui et sa hippie de mère, bien des années auparavant. Comme dans un road-movie, il va rouler sur des routes sans fin et rencontrer des gens, souvent très différents, qui ont connu son père. Ainsi en brosse-t-il le portrait grâce aux souvenirs des autres. Un portrait puzzle, flou, inattendu qui dévoile un sculpteur engagé, rêvant d’alchimie pour le bien être de l’humanité.
L’impact de la science et des technologies modernes sur l’environnement et donc sur le devenir de l’être humain sont au cœur du roman. Mais Flint a su faire de ces sujets graves un livre très divertissant, souvent drôle grâce à la naïveté et au manque d’assurance de Copper qui conduit le récit à la première personne. Copper est un personnage éminemment sympathique, timide, maladroit et ne comprenant pas grand chose à son passé. Il ne manque pas de se parler à lui-même, de s’encourager voire de s’engueuler, pour le plus grand plaisir du lecteur. Il est irrésistible car toujours un chouia à côté de la plaque, seul par maladresse, célibataire par la force des choses. Mais le plus drôle reste sans doute la surréaliste ville d’Atomville, ville nucléaire s’il en est, jusqu’aux noms de ses rues, de ses bars, bref, jusqu’au slip. Bref c’est aussi drôle qu’inquiétant car on frémit à l’idée qu’un tel complexe faussement civil et complètement dingue puisse exister quelque part, un jour… Ce que les illustrations qui parsèment le livre tendraient à prouver alors que la description de l’Amérique moderne demeure extrêmement drôle, britishement drôle (relevé ça et là d’allusions au cinéma et aux jeux vidéo). Et le lecteur de s’interroger sur le vrai du faux… Le certainement vrai noyé par de longues descriptions techniques dont le lecteur de base ne saurait reconnaître la pertinence.
Derrière la question prétexte « Mais qui est donc Jack Reever ? », le livre mène avant tout une quête identitaire et une réflexion sur le développement technologique, sur un mode faussement détaché.

Électrons libres, James Flint traduit de l’anglais par Alfred Boudry, Au Diable Vauvert, janvier 2006, 548 pages, 24€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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