L’historienne et Drakula – Elizabeth Kostova


CoeurKostovaÀ mon avis, on n’a jamais revisité le mythe de Dracula de façon aussi originale. Ce livre qui, paraît-il a battu aux Etats-Unis tous les records de vente (est-ce un bon argument… ?), tiendra en haleine les disciples du prince de Valachie, mais aussi les autres. La construction narrative, complexe à souhait, retient l’attention du lecteur, que dis-je ! la capture, au point que ces quelques mille pages, coupées en deux tomes pour l’édition française, se lisent en quelques jours.

Une historienne se souvient des événements vécus alors qu’elle avait seize dix-sept ans. N’ayant jamais connu sa mère, elle a été élevée par son père, diplomate affairé et sans cesse en voyage. Elle découvre un jour dans sa bibliothèque un livre étrange aux pages blanches excepté le dessin d’un superbe dragon. Comme elle en demande l’explication à son père Paul, celui-ci se met à lui raconter sa jeunesse, alors qu’il était étudiant. Il était alors (au début des années 50), l’élève d’un certain professeur Rossi qui lui révéla avoir lui aussi trouvé un livre au dragon. Puis le professeur disparut du jour au lendemain et il partit à sa recherche. Cette quête l’entraîna en Turquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie alors sous le joug soviétique. De son côté, la jeune narratrice part elle aussi (au début des années 70) à la recherche de son père, lui-même disparu du jour au lendemain.
Les deux quêtes se mêlent, laissant une place beaucoup plus importante à la traque du jeune étudiant. Son chemin croise celui d’une jeune femme, Helen Rossi, qui se révèle être la fille du professeur que celui-ci s’ignorait et qui deviendra la femme de Paul.
Tout est méticuleusement documenté : autant la présence ottomane au 15ème siècle que les arcanes de l’administration soviétique des années 50. Vous marcherez dans les rues d’Istanbul, vous hanterez de superbes bibliothèques et grimperez là-haut, tout là-haut, dans le château de Vlad Tepes. Forêts hongroises, villages roumains, convivialité turque… Chaque détail est d’une vivacité étonnante. Malgré une construction complexe, on suit ces différentes quêtes, sur trois générations, sans difficulté (emploi d’une typographie différente) ni ennui. Elizabeth Kostova mêle intelligemment récits, lettres, notes, extraits de livres anciens pour créer un dynamisme de lecture très efficace. Elle a choisi de faire de Vlad Tepes, personnage historique qui inspira Bram Stoker pour son personnage de fiction, le vampire originel, non seulement cruel, sadique et amateur de spectacles macabres, mais aussi mort-vivant. Pourquoi pas… L’intrigue est si habilement tissée depuis le 15ème siècle que l’on adhère à une aberration historique qui semble naturellement découler de toutes les histoires de vampires que nous connaissons.
Ce livre n’est pas un chef d’œuvre de la littérature, il est tout simplement un excellent thriller historico-fantastique utilisant très habilement des sources historiques et fictionnelles. Même si les vampires vous laissent de marbre, vous serez certainement pris par ce roman arachnéen qui tisse sa toile autour du lecteur et gagne à chaque page en intensité. C’est grand public, facile à lire et machiavéliquement bien ficelé : ne boudons pas notre plaisir.

L’historienne et Drakula, tomes 1 et 2 de Elizabeth Kostova, traduite de l’anglais (américain) par Evelyne Jouve, XO Editions, 492 et 509 pages, mars 2006, 14,90 euros chaque tome

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