Jeunesse

Automates – Nathalie Le Gendre

Le gendreNous sommes au XXIIIème siècle dans un pays où les femmes doivent porter robes et cheveux longs. La technologie la plus avancée y côtoie les voitures à cheval. Le rêve d’Andhré-Ann, presque 17 ans, est de conduire une moto, une de ces motos de compétition qu’elle a appris à maîtriser en cachette avec son frère Luka. Mais au début du roman Luka a un accident, est emmené à l’hôpital où une lobotomie est conseillée : on va lui implanter un COrdinateur qui fera de lui un automate, un quasi zombi dirigeable à distance. Andhré-Ann décide alors de tout faire pour éviter pareil sort à son frère, entre autres d’infiltrer le milieu des compétitions de motos pour gagner des courses très rémunératrices. Pour cela, elle doit se faire passer pour un garçon et couper sa belle chevelure.

Une fois encore Nathalie Le Gendre conduit son intrigue avec beaucoup de dynamisme. On ne doute pas un instant qu’elle connaisse le monde de la moto et les sensations qu’apporte la conduite d’un bolide. L’enjeu entre le frère et la sœur est classique (l’une, a priori la plus faible, doit sauver la vie de l’autre) mais efficacement mené il permet l’évolution crédible d’un personnage vers l’âge adulte. Quelques adultes défaillants (une mère qui tente de se suicider, un médecin mégalomane et illuminé) obligent la jeune héroïne à faire des choix et à ouvrir les yeux sur un monde aux apparences trompeuses.
Le deuxième axe de l’intrigue s’articule autour de l’affirmation sexuelle de la jeune héroïne qui se découvre homosexuelle. Si un lecteur adulte comprend dès le premier silence de son amie de lycée de quoi il s’agit, la découverte de cette sexualité différente se fait d’abord avec discrétion. Mais à mon avis, l’auteur recule trop longtemps l’aveu entre les deux jeunes filles et la scène de révélation tombe à plat car Andhré-Ann en ne comprenant pas ce que le lecteur a compris depuis longtemps, passe pour beaucoup trop naïve. C’est dommage pour un sujet aussi délicat. Il n’en reste pas moins que Nathalie Le Gendre aborde avec beaucoup de pudeur et de tendresse un sujet rarement évoqué dans la littérature pour adolescents.
Originale et efficace, Nathalie Le Gendre a pris en trois romans une place importante dans la production éditoriale pour la jeunesse.

Nathalie Le Gendre sur Mes Imaginaires

Automates, Nathalie Le Gendre, Mango (Autres Mondes n°30), mars 2004, 214 pages , 9€

A lire aussi :

Bjorn aux enfers – Thomas Lavachery Retrouver Bjorn, c'est repartir au pays du froid, du courage et des défis. Devenu un morphir, c'est-à-dire un combattant quasi invincible, le jeune Vi...
La couleur de l’âme des anges – Sophie... La nouvelle collection jeunesse des éditions Robert Laffont s’appelle  « R » et s’adresse aux grands adolescents et jeunes adultes. Le titre phare de ...
Le roman d’un non-mort – Arthur Ténor Verdun, octobre 1916. Comme tous les autres, Gabriel-Aimé Lambertini a peur. Il a dix-sept ans et il ne veut pas mourir. Il serait mort pourtant si la...
L’oeil de Chaac – Emma Lanero Qu'écrire aujourd'hui pour être édité et vendre des livres en littérature jeunesse de l'Imaginaire, voire, en littérature jeunesse tout court ? De la ...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *