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La Compagnie noire / 3 – Glen Cook

Cook-3.jpgSi vous ne pouvez lire ce tome-là d’une traite et ne possédez pas une mémoire d’éléphant, sortez votre bloc-notes car la construction narrative de ce volume va mobiliser tous vos neurones.

Dès le début, trois récits s’entrecroisent sans que l’on sache toujours qui sont les protagonistes et surtout à quelle époque se déroule l’action par rapport à la rédaction des annales. Toubib reste le point de repère, installé avec la Compagnie noire dans la Plaine de la Peur, quatre ans après la fuite de Génépi. Toubib reçoit des lettres (rédigées par qui ?) racontant l’histoire d’un certain Bomanz, officiellement antiquaire mais en fait magicien qui depuis plusieurs décennies travaille à dresser un plan, celui du cimetière des Tumulus où la Dame et le Dominateur ont été enterrés par la Rose Blanche. La Dame se trouvant toujours six pieds sous terre, on comprend que son histoire se déroule bien avant l’époque de Toubib. Parallèlement, une autre série de chapitres raconte l’histoire de Choucas, vivant près des Tumulus dans une maison qui appartient à un ancien mage très puissant. Il vient de trouver un trésor qu’il cherche à exploiter.

Sans trop en dévoiler, disons que ce Choucas porte un nom d’oiseau qui en rappelle un autre, qu’il vit dans la maison de Bomanz et qu’il a découvert sa carte. On comprend petit à petit que c’est à cause de Bomanz que la Dame s’est échappée des Tumulus, déjouant ainsi la Garde éternelle. Et que Choucas s’apprête à faire de même… Sachant que la rivière qui borde le cimetière maléfique est sur le point de déborder et de tout détruire sur son passage, y compris les Tumulus, la Dame décide d’accepter le pacte que Toubib lui propose secrètement : Chérie, réincarnation de la Rose blanche, la Compagnie noire et la Dame doivent s’allier pour espérer vaincre le Dominateur. Mais l’annaliste se garde bien de dévoiler son plan aux autres membres de la Compagnie…

On est bien loin encore des romans de fantasy simpliste où tout est couru d’avance et où la linéarité narrative le dispute à la banalité la plus mièvre pour dissoudre l’intérêt du lecteur dans l’ennui d’une série fleuve. Ici, on ne sait jamais vraiment qui est méchant et qui est gentil et surtout si la Compagnie va survivre aux nouvelles alliances et coups-fourrés qui se trament. Il faut bien dire qu’elle se réduit à une peau de chagrin et que Toubib frappe fort en introduisant la Dame, devenue leur ennemie, au sein de la Compagnie. Les nouveaux personnages sont aussi bien intégrés que les autres (Traceur, et surtout Saigne-Crapaud le Chien – c’est son nom complet) et les éléments surnaturels (menhirs parlants, arbres marcheurs, insectes monstrueux…) finalement aussi naturels qu’un coquelicot dans un champ de blé. La chronologie savamment maîtrisée force l’admiration.
La seule chose incompréhensible à mes yeux, c’est la traduction au passé composé, plutôt qu’au passé simple, des récits de Bomanz et de Choucas. Ce qui est cohérent pour le texte de Toubib qui rapporte les événements quasi au jour le jour devient extrêmement gênant pour des aventures qui ont eu lieu plusieurs siècles auparavant.
Á part ça, vivement la suite.

Glen Cook sur Mes Imaginaires

La Compagnie noire / 3 : la rose blanche (1985), Glen Cook traduit de l’anglais (américain) par Alain Robert, J’ai Lu (Fantasy), septembre 2005, 442 pages, 8€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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