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Le fils du dieu de l’Orage – Arto Paasilinna

PaasilinnaComme chacun sait, la Finlande est dotée d’un panthéon haut en couleur : Ukklo Ylijumala, dieu de l’Orage et sa femme Rauni ; Ilmarinen, dieu de la Paix et du Soleil ; Sampa Pellervoinen, dieu de l’Agriculture et de l’Elevage ; Petro-Pekka, dieu de la Bière (de toutes les bières, quelque soit leur marque) ; Agräs, dieu de la Fertilité, qui favorise l’accouplement sous toutes ses formes… et j’en passe. Mais comme ailleurs, un certain Jésus il y a deux mille ans a mis au rencard tout ce beau monde qui depuis s’ennuie ferme.
Ukklo Ylijumala décide donc d’employer la même tactique que le dieu des chrétiens et d’envoyer sur Terre son fils Rutja pour reconvertir les Finnois à la vraie foi de leurs ancêtres. Rutja s’incarne dans la peau d’un antiquaire à peu près bon à rien, dominé à la maison comme au travail par quelques mégères décrépies. Mais bien sûr, tout change dès que le fils du dieu de l’Orage prend possession du corps de Sampsa Ronkainen. Grâce à quelques foudroyantes démonstrations, Rutja convertit quelques disciples (une inspectrice des impôts, un officier ministériel et deux ouvriers pour faire bonne mesure). Puis il estime que quelques surprenants miracles auraient le mérite de rallier à lui les foules plus rapidement. Il décide donc d’ouvrir une clinique psychiatrique pour soigner les aliénés grâce à la fulgurothérapie…
Arto Paasilinna nous livre ici un excellent roman d’humour à froid comme il sait si bien les faire. Il égratigne au passage la religion (si 90% des Finlandais se disent luthériens, les églises sont désertes et les pasteurs désœuvrés), la société finnoise et la bêtise humaine en général. Ses portraits de femmes traîne-savates, de parasites et de bons à rien sont redoutables. A la fois drôle et amer, ce conte mythologique moderne a un goût de satire sociale qui doit faire grincer des dents du côté d’Helsinki. Vu d’ici, c’est méchant et savoureux, aussi bon que La Douce empoisonneuse.

Le fils du dieu de l’Orage (1984), Arto Paasilinna traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, Gallimard (Folio n°2771), mars 2004, 295 pages

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