Adultes

Dreamericana – Fabrice Colin

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Sans être furieusement originale, l’idée de départ de ce roman est riche en potentialités narratives. Et tout commence bien par une juxtaposition de textes : extraits de romans, éléments biographiques, articles critiques, résumés et zooms achronologiques sur Hades Shufflin, romancier américain de SF connu et reconnu. Grâce à ces textes épars, le lecteur reconstruit la vie et l’œuvre d’Hades pour se rendre compte que les deux sont indissociables : l’écrivain (paranoïaque ?) est persuadé que certaines créatures qu’il a inventées le poursuivent. Elles le surveillent et c’est pratiquement pour ça qu’il ne parvient plus à écrire, à accoucher du livre dont les droits sont déjà vendus à Stanley Kubrick pour son ultime film. Son éditeur le harcèle pour qu’il arrête son cinéma (Hades, pas Kubrick) et se mette au boulot.
A ce stade-là, j’avais très envie de lire un bouquin de Shufflin. Son cycle d’Antiterra décrit un monde alternatif dans lequel les Voyageurs cherchent à remonter progressivement vers l’origine du monde, grâce aux trous de ver. Mais les Gardiens, protégeant le secret des origines, sont chargés d’empêcher les Voyageurs de remonter le temps. La course-poursuite entre ces deux ennemis s’appelle le Jeu des Mondes. Les Gardiens ont réussi à coincer les Voyageurs sur Antiterra, paradoxe temporel. Ceux-ci cherchent donc à détruire ce monde alternatif. Un Dan Simmons en aurait fait quelque chose de grandiose… Mais nous sommes page 133 et Hades n’arrive pas à écrire. Dans les sept pages suivantes, le texte est divisé en deux colonnes : soit Hades est kidnappé par son éditeur qui a trouvé un moyen de lui faire écrire son livre malgré lui ; soit il l’est par les personnages de son cycle qui vont en faire un des personnages d’Antiterra. Au lecteur de choisir, moi je reste dubitative et déçue.
Car ensuite commence le livre de Shufflin Americana, qui est aussi le film de Kubrick, et n’est rien de plus qu’un roman d’espionnage un peu rebondissant. Les Voyageurs veulent faire sauter Antiterra, les Gardiens cherchent à les en empêcher, le héros est manipulé et finalement exit le formidable personnage d’écrivain, les incertitudes entre fiction et réalité. A bout de patience, je suis passée de la page 320 à la page 410, car même quand ils sont bons, les James Bond me fatiguent. La fin ne réserve pas de surprises : je suis déçue. La belle construction littéraire du début ne rime à rien.
Je n’exclus pas cependant de n’avoir pas compris tous les tenants et aboutissants du roman, peut-être construit sur une stratégie de jeu d’échecs qui m’échapperait. Malgré tous mes efforts, je ne suis effectivement pas vraiment en phase avec cet auteur à l’imaginaire déroutant. Bien des critiques et nombre de ses collègues le disent génial. Alors je lis, j’essaie de comprendre, mais je me crois insensible à ce génie-là…

Fabrice Colin sur Mes Imaginaires

Dreamericana, Fabrice Colin, J’ai Lu (Millénaires), décembre 2002, 441 pages, 15€

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

One Comment

  • le lecteur

    « je ne crois pas à ce génie là »: une belle formule qui colle fort bien à cet auteur.

    Cet opus qui commence en (fort bonne) fausse autofiction et dégénère en roman d’action sautillant et ennuyant est singulier, mais ne peut pas être sauvé…

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