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L’année de notre guerre – Steph Swainston

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Plusieurs races se partagent la Quadriterre : humains, Awiens, Rhydanes et insectes, ces derniers étant les envahisseurs. Le narrateur, Jant Shira, est le messager de l’empereur, rendu immortel par celui-ci comme les autres membres du Cercle ainsi devenus des Eszai. Mais cette immortalité n’est pas éternelle, elle tient au bon vouloir de l’empereur San qui l’accorde aux meilleurs de chaque corps de métier afin que la Quadriterre dispose d’une réserve de sagesse et d’expertise, rendue nécessaire par la guerre et la disparition de dieu (qui a promis de revenir après mille ans d’absence).
En attendant il faut lutter contre des Insectes gros comme des poneys qui grouillent et déciment les armées d’élite. Mais les Eszai ne sont pas parfaits et leurs querelles nuisent à la défense de l’empire.
Jant, moitié Awien par son père (ce qui lui vaut une paire d’ailes) moitié Rhydanne, a bien du mal à conserver sa place au sein du Cercle car il se drogue et menace sans cesse l’équilibre des champions. Lors de ses trips au cat, il rejoint un lieu intermédiaire appelé le Passage, où certains morts vivent une autre vie. Grâce à Jant, c’est là que se retrouve le roi Corlieu Rachiswater, tué par les Insectes qu’il va devoir bientôt affronter dans le Passage.
Pour un premier roman, ce texte est plutôt original. L’éternité provisoire, le monde parallèle, l’univers du Château (où l’on porte épée et tee-shirt) et le héros drogué sont des éléments qui, traités avec efficacité, soutiennent l’intérêt. Avoir confié le déroulement du récit à un héros fragile et conscient de ses faiblesses donne également au texte une dynamique faite de hauts et de bas, donc efficace. Voilà enfin un héros qui ne cherche pas à faire le Bien, qui fuit ses responsabilités, a peur de la mort, parle un argot réjouissant et passe son temps à scier la branche sur laquelle il est assis : un anti-héros.
C’est à l’intrigue que L’année de notre guerre doit ses faiblesses. Il s’agit de repousser les Insectes dont on ignore la provenance et les motivations. Les armées se battent pendant tout le roman sans y parvenir et leur mettent une raclée dans les deux dernières pages, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, enfin moi en tout cas, je n’ai pas compris ce qui renversait soudainement la situation. Certaines scènes un peu rapides auraient mérité plus de développement (les scènes de bataille, Jant en état de manque…). Les relations entre les personnages sont intéressantes, tout en joutes verbales et menaces, mais n’ont pas forcément de rapport avec l’intrigue. Le personnage de la petite Cyan, fille illégitime de deux Immortels, aurait mérité d’être développé car on s’attend à ce qu’elle tienne un rôle dans le dénouement. De même, les personnages du Passage sont abandonnés sans que l’on soit informé de leur sort. Et enfin : quid de dieu ? Ce livre, annoncé comme un one shot mériterait une suite.


L’année de notre guerre (2004), Steph Swainston traduite de l’anglais par Mélanie Fazi, Bragelonne, avril 2005, 352 pages, 20€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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