Jeunesse

La maison du scorpion – Nancy Farmer

FarmerCoeurOpium : enkysté entre le Mexique et les Etats-Unis, cet Etat de la drogue où la culture intensive du pavot est légale, a été créé de toutes pièces par Matteo Alacran, el Patron, ou encore le Scorpion. A l’heure de la technologie high-tech et des exploits du génie génétique, el Patron veut que sa maisonnée vive au rythme de sa jeunesse, il y a quelques cent quarante ans.

C’est pourtant au progrès scientifique qu’il doit son incroyable longévité : des clones décérébrés attendent dans d’immenses souffrances de prolonger morceau par morceau la vie du maître incontesté.

Matt est l’un de ces clones, mais il est le seul à avoir conservé toutes ses facultés. Pourtant, en tant que clone, il est traité comme un animal par les autres membres de la famille quand ils apprennent son existence.

Mais el Patron s’attache au jeune Matt et lui donne une place privilégiée dans la Grande Maison, allant ainsi à l’encontre de la haine des hommes pour ces créatures sans âme, alimentant leurs rancœurs. Matt est fasciné par ce vieil homme puissant et craint, mais cette fascination s’entache peu à peu de révolte quand il découvre qu’el Patron fait lobotomiser ses serviteurs pour qu’ils soient dociles et élève d’autres clones décérébrés pour prolonger sa vie. Pourquoi lui n’a-t-il pas été décérébré ? Quel est son destin au sein de cette famille ? Que se passera-t-il quand el Patron sera à l’agonie, voire mort ?

La maison du scorpion est un grand roman où s’installe dès le début une atmosphère pesante faite de mensonges, de haine et de mesquineries. Matt, six ans au début du roman, prend douloureusement conscience de sa nature qui l’empêche d’accéder au statut d’être humain. Traité comme moins qu’un chien, il sera dévoué à el Patron qui le délivre, puis devra avaler mensonges et souffrances afin de s’intégrer au monde qui l’entoure. L’amour et l’amitié de quelques-uns lui feront cependant comprendre qu’il y a ici bas des raisons de s’en sortir et d’espérer.

Que vous soyez jeune ou moins jeune, lisez ce livre sans réserve pour l’atmosphère de la Grande Maison, pour la maîtrise de l’écriture et pour l’histoire du jeune Matt, aussi originale que tragique et émouvante.

Cet article a été publié dans Lecture Jeune n°115, septembre 2005

 

La maison du scorpion (2002), Nancy Farmer traduite de l’anglais (américain) par Valérie Dayre, L’École des loisirs (Médium), mars 2005, 405 pages, 12€

A lire aussi :

Hollow City – Ransom Riggs Hollow City débute exactement où Miss Peregrine et les enfants particuliers s’achevait : l’île galloise qui accueillait les enfants et leur ombrune ...
Red Queen – Victoria Aveyard Un futur indéterminé dans un monde indéterminé. La société (et les êtres humains) est scindée en deux : les Rouges et les Argents. Les Rouges travaill...
Tom Lorient – Marie-Aude Murail Tom Lorient, 30 ans est sûr de lui : alors qu'il rentrait chez lui de nuit, sa voiture s'est arrêtée sans raison, il a vu une soucoupe volante et des ...
Bjorn le Morphir – Thomas Lavachery Dans le Fizzland du XIème siècle, les hivers sont souvent très rigoureux. Les plus valeureux des Vikings s'enferment chez eux avec famille et servit...

Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *