Felicidad – Jean Molla


Molla-2.jpgCoeurLe président à vie de la grande Europe a ordonné le bonheur obligatoire ; la violence est l’arme officielle contre ceux qui dérogeraient à cette loi. Un jour pourtant, quelques parumains invincibles viennent narguer le pouvoir sous les caméras de surveillance. Le super flic Alexis Dekcked est chargé de les retrouver et de les neutraliser.
Il ne tarde pas à se rendre compte que ces parumains de type Delta 5 ont été dotés de compétences exceptionnelles. Rien à voir avec les premiers parumains, issus du génie génétique et destinés à accomplir les tâches ingrates dont les humains veulent se décharger. Rien à voir non plus avec les parumains dociles faisant office de domestiques. Les Delta 5 ont été conçus dans un but précis et Dekcked va devoir trouver lequel. Le ministre de la Sûreté intérieure lui confie personnellement l’affaire, d’autant plus que le ministre du Bonheur obligatoire vient d’être assassiné dans une enclave aux abords de la ville.
Après L’attrape-mondes en hommage à Michael Moorcock, Jean Molla dédie Felicidad à Philip K. Dick. Les clins d’œil sont nombreux, notamment à Blade runner : les Nexus 6 sont devenus les Deltas 5, Deckard, Dekcked le super flic tombé sous le charme troublant d’une androïde. Et Dekcked de s’interroger : les parumains sont-ils inférieurs aux hommes ? Leur statut au sein de cet Etat policé est-il légitime ? Jusqu’où se doit-on d’obéir quand on est au service d’un pouvoir totalitaire ? Découvrant peu à peu ce qu’en haut lieu on a voulu lui cacher (et que le lecteur sait depuis le début du roman), Dekcked en arrive à douter de lui-même : et si lui aussi, l’orphelin hyper doué, il était un parumain ?
Jean Molla sait rendre hommage sans plagier et créer un scénario original à partir d’une trame déjà connue. Le résultat est encore une fois intelligent et captivant, entretenant le suspens tout en se jouant du héros qui apparaît comme une marionnette dans les mains du pouvoir. Il n’y a pas une faille dans cette intrigue qui rebondit sans cesse tout en ménageant des intervalles de réflexion qui permettent au héros de réfléchir sur sa condition et sur la société qui l’entoure. Dans cette ville aseptisée et surveillée, à la fois vitrine et mensonge, humains et parumains ont des rôles à jouer. Si l’un d’eux sort du rang, le système s’effondre et la violence d’Etat s’installe. Bienvenue à Felicidad, la ville où il faut être heureux.

Jean Mola sur Mes Imaginaires

Felicidad, Jean Molla, Gallimard (Scripto), avril 2005, 300 pages, 11,50€

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