Jeunesse

Imbroglius – Kim Tran Nhut

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Lo-Nast est une ville du futur où le crime a été banni grâce à une technologie avancée. Pourtant, un homme vient d’être assassiné d’un coup de poignard dans le ventre. Même la police ignore l’identité de la victime. Mais Aléa, quatorze ans se met sur la piste pour décrocher la prime promise. Avec ses amis, elle va déjouer les pièges de l’Imbroglius, ou Internet bigrement amélioré, pour découvrir le coupable.
Une enquête traditionnelle donc, où des adolescents qui tantôt s’aiment, tantôt se disputent, mettent en commun leurs capacités pour découvrir la clé du mystère. Quelques bonnes idées parcourent le texte, comme les nœuds de vipères et autres nœuds de pieuvres qui gardent concrètement les secrets bien cachés de l’Imbroglius. Ce qui m’a le plus gênée, c’est la faiblesse du vocabulaire. La technologie avançant, les hommes ont inventé par exemple, de nouveaux moyens de se déplacer. Aléa et ses amis peuvent donc voyager sur des réacchaises, qui se baladent à peu près toutes seules et atterrissent sur les atterri-terrasses de chaque appartement. Quoique les hommes du 23ème siècle inventent, il y a vraiment peu de chance pour qu’ils aboutissent au mot d’atterri-terrasse, vu l’anglicisation et la simplification vers lesquelles tend notre langue. Que dire du navettoport… Même les mots désignant ce qui se mange semblent tout droit sortis d’un bouquin de SF des années 60 : sirox, ketchox, croquex de poulet… il n’y a guère que le caviar à ne pas changer de nom, comme quoi il n’y a que les bonnes choses qui durent… Un mot également des gadgets technologiques qui sortent les héros de situations critiques : torche électro-atomique, caméléoplasma, boussole atomistique… tout cela n’est guère convaincant. De fait, l’ambiance cyberpunk propret (la violence en moins) perd en crédibilité.
Mais bon, les ados auxquels le livre est destiné ne seront certainement pas aussi tatillons que moi. Car l’intrigue est efficacement menée et les diverses personnalités bien élaborées. Par exemple, la mère est une ancienne détective privée que l’absence de crimes a mis au chômage, ou plus exactement a contraint à un boulot de paperasserie. Le personnage n’est pas fouillé, car l’intrigue ne le demande pas, mais on est reconnaissant à l’auteur de ne pas en avoir fait à la fin une wonder woman transformée par les exploits de sa fille.
A proposer à ceux qui aiment les policiers et/ou la science-fiction.

 

Imbroglius, Kim Tran Nhut, Magnard Jeunesse, septembre 2004, 283 pages, 12€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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