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Le syndrome de La Chimère – Max Mallmann

MallmannRationalistes de tout poil, quittez ici toute espérance : ce livre est complètement loufoque ! Le narrateur, Vito, vit depuis toujours avec un serpent lové autour du cœur. Il a vu tous les médecins, consulté tous les spécialistes mais rien n’y fait : il devra faire avec toute sa vie. Mais ce n’est rien si on le compare à son ami Bruno qui au premier abord à l’air normal mais s’offre de temps en temps des petites poses en se décérébrant : il dévisse le couvercle qu’il a sur le crâne et en sort son cerveau qu’il abandonne (momentanément) dans une bassine, « puis, à l’abri de tout drame – à l’abri, par ailleurs, de n’importe quelle ébauche de réflexion -, il regarde la télévision en sirotant une bière. Il en boit la moitié, verse l’autre moitié sur son cerveau. Je l’envie énormément. »
Mais Vito pense trop, Vito pense tout le temps, à l’absurdité du monde et à la nécessité de vivre. Et même de survivre. Alors il a l’idée du siècle et avec Bruno décide d’ouvrir un café-librairie à Porto Alegre. Bien entendu, les clients sont au moins aussi bizarres qu’eux, comme Cyan, qui est « obligée de manger du papier parce que tout chez elle, sa peau, ses cheveux bouclés, ses organes internes, est en fibre de cellulose« . L’affaire vivote jusqu’à ce que Vito rencontre un certain Semper Fidelis qui lui dévoile que son père est en fait un mégasminthe, c’est-à-dire une sorte de rat géant et anthropophage…
On aura compris que ce livre est un délice d’absurde et de non-sens, une sorte de farce existentialiste sur la nécessité de vivre, malgré tout. On rit, on s’étonne et on s’attache à cette brochette d’humanité étrange, fantastico fantasque. Tous ces personnages sont à la fois attendrissants et drôles tant l’auteur décrit leurs particularités avec tendresse et réalisme. On dirait une cour des miracles bonne enfant où rien n’est jamais trop incroyable. Le narrateur, paumé et sans cesse rappelé à l’ordre par son serpent n’est pas moins réussi, lui dont la sœur aimée s’est réduite au point de devenir la ballerine d’une boîte à musique… complètement et délicieusement loufoque !

 

Cet article a été publié dans Lecture Jeune n°110-111, septembre 2004

Le syndrome de La Chimère (Sindrome de Quimera, 2000), Max Mallmann traduit du portugais (brésilien) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli, Joëlle Losfeld, 117 pages, 14€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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