Adultes

L’idiot du village – Patrick Rambaud

RambaudLe narrateur : la cinquantaine en 1995 ; une petite femme, un appartement parisien, un ami psy. Il est tout à coup pris d’hallucinations : il revoit le Paris de son enfance, celui de 1953. Puis il s’y retrouve brutalement transporté et devient commis de cuisine dans un petit restaurant des Halles.
Et voilà tout. Il regarde les gens, la ville, et tout cela a l’air bien monotone, terne et ennuyeux. Il se demande s’il va un jour rentrer en 1995, la serveuse lui fait de l’oeil, il commence à prédire un peu l’avenir, mais pas trop. Il commente pour nous l’actualité : « On s’insulte de part et d’autre de l’Atlantique et le sénateur McCarthy règne sur la commission des affaires anti-américaines. McCarthy. Sombre période de censure« . Les commentaires sont à peu près toujours de ce niveau, fades et absolument sans intérêt.
Aucun recul ne met en perspective la démarche historique de l’auteur. Mais y en a-t-il une ? On en doute. Car constatant avec dépit que sa connaissance de l’avenir peut s’avérer dangereuse, le narrateur déclare solennel : « Savoir ne suffit pas. Savoir, quel handicap« . Alors que les récits de voyages dans le temps sont prétextes à analyse du passé, à mise en perspective du présent, à questionnement de l’Histoire et de l’historicité d’une existence ou d’une société, ce roman-là n’a aucune profondeur et guère plus de projet. S’il était au moins aussi fantaisiste que l’annonce son sous-titre, on pourrait trouver raison de se réjouir. Mais ayant refermé le livre, on se dit que tout était bien terne et triste en cette année 1953, les Parisiens dépassionnés et bien trop figés. Il manque ce petit fourmillement de détails qui aurait pu faire revivre pour nous ce Paris disparu. Les descriptions sont sèches, brèves, à peine nostalgiques. Finalement tout cela semble un peu long même si le livre ne compte que 190 pages écrit gros et que ce lauréat du prix Goncourt possède une écriture agréable à défaut d’un récit passionnant.

N.B. Yvan Pommaux avait lui 8 ans en 1953 : il raconte son enfance dans un album, Avant la télé (L’Ecole des loisirs, 2002) qu’il a remarquablement illustré, qui nous emmène au coeur de cette France d’hier, pleine de nostalgie, de souvenirs et de bonheur, malgré les difficultés. J’échange 10 Rambaud contre 1 Pommaux !

L’idiot du village : fantaisie romanesque, Patrick Rambaud, Grasset, janvier 2005, 190 pages, 16€

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