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L’enjomineur 1 – Pierre Bordage

BordageIl est souvent difficile de parler du dernier Bordage pour en dire autre chose que du bien… mais là, c’est long. Arrivée à la 414ème page, j’attends encore que l’intrigue prenne enfin son rythme de croisière, mais non… Les deux personnages principaux auxquels est dévolu un chapitre sur deux (construction classique et un peu trop mécanique) ne se sont toujours pas rencontrés et on ne sait pas ce qu’ils ont à voir l’un avec l’autre…

Le premier, Emile, est un garçon savant et réfléchi, un modéré (en temps d’agitation, c’est très mauvais, il faut prendre parti lui dit-on). Mais cet enjomineur, qui serait le fils d’une fée, préfère penser à l’amour. Cornuaud quant à lui est le type même du héros méchant, une brute qui viole et tue sans remords. Et pour avoir violé une petite fille sur une bateau négrier, il est enjominé par une sorcière qui prend possession de lui et le pousse au meurtre. Il n’aura de cesse de chercher celui qui pourra le désenvoûter. Le tout, bien sûr, sur fond de guerres de Vendée.

Et c’est là que Bordage sauve son livre car, bien que n’ayant pas moi-même vécu ces temps troublés, je me suis sentie transportée dans le Bas Poitou et le Paris de 1792. À Nantes comme à Paris, chez les réfractaires comme chez les jurons, tout n’est que haine et violence. Les uns prônent l’amour de Dieu, les autres entonnent leur slogan Liberté, Egalité, Fraternité, et tous massacrent, torturent et tuent à plaisir. Bordage a parfaitement étudié les mentalités paysannes de l’époque et l’on ne peut qu’apprécier le réalisme avec lequel il traite par exemple le sort des filles dans les campagnes. C’est désolant d’authenticité, et révoltant. Les révolutionnaires quant à eux, et les femmes en particulier, n’ont pas le beau rôle, tant ils sont avant tout attentifs à leurs propres intérêts et retournés à la bestialité par la folie collective. Les combats acharnés et les idéaux exacerbés sont parfaitement maîtrisés.

C’est bien l’intrigue elle-même qui fait défaut, s’étire et s’éternise. Et il est surprenant qu’un grand écrivain comme Pierre Bordage ait utilisé un des thèmes les plus éculés de la magie : les forces obscures et bénéfiques de la forêt, les créatures, quittent peu à peu notre bonne vieille terre car les hommes ne sont plus capables de les voir ni de leur parler… Je ne vous raconterai pas la fin de ce premier volume, mais je pense que la scène finale frôle le ridicule, enfin me semble-t-il…

Pierre Bordage sur Mes Imaginaires

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L’enjomineur – 1 : 1792, Pierre Bordage, L’Atalante, octobre 2004, 414 pages, 19,50€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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