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Petit dieu / 1 – Paul Carta

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Ils ne sont plus que cinq dieux à veiller aux destinées des hommes de Poménia. Mais dans la Cité Maudite, aucune divinité ne peut être invoquée, les prêtres gardiens veillant à la forclusion de la ville, jadis brillante et violente demeure de Ta-ahr, dieu de la fureur et des combats. Mais voilà que le jeune Jan réveille une divinité endormie depuis plus d’un millénaire. L’Alphée (autre mont Olympe) s’inquiète : serait-ce Ta-ahr lui-même ? Ce Petit Dieu ne le sait pas plus que Jan qui voit en lui, enfin, un moyen d’échapper à la triste et monotone destinée de tous les habitants de la Cité Maudite : devenir un héros, quitter la Cité ne serait peut-être plus un rêve…
Voilà une agréable surprise parue chez un éditeur peu connu. Si le pentacle des dieux de l’Alphée est peu convaincant (pantins caricaturaux, voire ridicules et peu consistants), les personnages sont en revanche étrangers à tout manichéisme. Certains sont même ambigus et surprenants. D’autre part, ce premier tome soulève bien des interrogations fondamentales : la guerre et la violence sont-elles inhérentes à toute société humaine ? Sont-elles nécessaires sous peine de délitescence ? Sont-elles un moyen pour chacun d’exprimer ses plus bas instincts à un moment ou un autre ? Une religion peut-elle, à elle seule, conduire la vie humaine ? A l’inverse, une société sans religion est-elle viable ? L’homme a-t-il besoin d’une quelconque transcendance ? Le personnage du jeune Jan nous interroge également : les hommes sont-ils prêts à accepter n’importe quel dieu sous réserve d’une vie meilleure, plus exaltante ?
Voici donc de quoi retenir l’attention. Malheureusement, ces grandes questions semblent avoir revêtu des habits trop petits, comme si l’auteur manquait d’ambition pour ses personnages. Bien des longueurs parsèment ce texte, plombant l’action qui ne progresse que lentement. La fin laisse cependant présager un second tome plus dense et peut-être Paul Carta y laissera-t-il s’exprimer un souffle épique qui lui fait défaut ici.

Petit Dieu – 1, Paul Carta, Mélis (Fantasy), 3ème trimestre 2004, 357 pages, 21€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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