Adultes

Golems – Alain Delbe

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Prague est une ville célèbre et mystérieuse qui inspira Kafka et Meyrink et aujourd’hui Alain Delbe pour ce roman qui retravaille la légende du golem. Elle dit qu’il y a bien longtemps, dans la synagogue du ghetto, le rabbin Loew anima une créature d’argile.
Depuis ce temps, le secret du rabbin a été transmis de génération en génération à une unique personne, l’élu. Nathan Eisner, jeune homme doué d’une mémoire exceptionnelle est cet élu dans la Prague de 1937. Mais par amour pour Camille, Nathan trahit le secret que la jeune fille répète à un mystérieux allemand. Nathan est arrêté, torturé, déporté par les nazis qui veulent connaître et utiliser le secret de fabrication des golems.
Bien des années après, Jacques, le narrateur, d’abord enfant puis devenu psychiatre, est assailli de scènes de cauchemars et de visions qu’il ne comprend pas, en particulier par la photo d’un documentaire sur les camps de la mort sur laquelle un déporté s’anime et lui tend la main. Après un retour sur les lieux et l’élucidation de secrets de famille, Jacques comprend qu’il est le nouvel élu.

Alain Delbe conçoit un livre assez déroutant en raison de ses changements de ton. La première partie se déroule à Prague juste avant la guerre : l’innocence de Nathan, sa joie et son amour donnent une grande fraîcheur à son récit, entrecoupé de la légende kabbalistique du golem. Dans la seconde partie, le narrateur de nos jours cherche à identifier ses visions et comprendre ses cauchemars. Les deux récits sont entrecoupés de textes divers (archives de guerre, dictionnaire runique…) visant à nous faire comprendre le parcours de l’élu et les visées des nazis. Certaines scènes sont extrêmement émouvantes, d’autres bouleversantes.
L’auteur parvient à saisir son lecteur et l’emporter au cœur des brumes occultes et nauséabondes du national-socialisme. Mais au moment où le narrateur parvient à créer lui-même un golem, le récit tourne à la farce et la tension dramatique savamment construite s’écroule devant un humour idiot et vain. L’auteur semble ne pas assumer jusqu’au bout la part fantastique de son texte et gâche, dans les cinquante dernières pages en quelques réflexions déplacées du narrateur, toute la densité tragique du destin du beau personnage de Nathan. Dommage.

 

Golems, Alain Delbe, Phébus, août 2004, 242 pages, 19,50€

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