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Le ressac de l’espace – Philippe Curval

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Les Txalqs, race extraterrestre parasite, doivent trouver une nouvelle planète à coloniser et de nouvelles créatures à soumettre à leur idéal : ils amènent « la beauté, l’harmonie et la jouissance masochiste de l’esclavage ».  Le hasard les conduit sur la terre où les Hommes, regroupés en cités après les grands embrasements, vivent une sorte asservissement collectif qui n’est que l’ultime étape à la soumission aux Txalqs.

Avec plaisir, avec empressement même, la grande majorité des humains soumet sa volonté à celle des envahisseurs. Et bientôt « grâce à l’extraordinaire maîtrise technologique des Txalqs, la surface de la terre [est] radicalement transformée et la civilisation harmonieuse largement implantée« .  Mais quelques insoumis des cités anciennes refusent cette aliénation : ils s’envolent pour Vénus d’où ils préparent la libération de leur planète.

De quel prix l’Homme doit-il payer sa liberté ? Un monde idéal et librement accepté vaut-il la peine d’être vécu si l’homme ne peut y exercer son libre arbitre et son esprit critique ? Une apparence de bonheur et une vie de plaisirs valent-ils la peine de renoncer à son individualité ? Jusqu’où collaborer avec l’envahisseur ? Cette dernière question trouve un écho dans les termes de police, de débarquement et de libération que Curval n’hésite pas à employer, filant la métaphore d’une Occupation à laquelle nombre de Français acceptèrent de se soumettre. C’est sur Vénus, et non à Londres que les résistants s’organisent et que trois alternatives s’offrent à eux : « la préparation de l’exil définitif de l’homme vers l’espace, la colonisation à outrance de Vénus sans désir de retour vers la Terre, et enfin l’élaboration puis l’exécution d’un plan de reconquête de la planète natale« .  Ils choisissent de se battre et de rendre à leurs frères humains la liberté qu’ils ont si facilement bradée.

Pour ne pas oublier qu’abandonner volonté et réflexion c’est aliéner son humanité.

Philippe Curval sur Mes Imaginaires 

Le ressac de l’espace, Philippe Curval, J’ai Lu n°595, 1975, 246 pages

 

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot Maillard : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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