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Le Codex Merlin / 1 – Robert Holdstock

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IIIème siècle avant J.C.. Merlin, déjà âgé de plusieurs centaines d’années, participe à la résurrection de son ami Jason avec lequel il a conquis la Toison d’Or. Celui-ci gît depuis des siècles au fond d’un lac, accroché à son navire, Argo le mythique.
Revenu à la vie, le chef des Argonautes va poursuivre le projet qu’il avait au moment de mourir, sept cents ans plus tôt : retrouver les corps de ses deux fils que sa femme Médée a tués devant ses yeux. Mais Merlin lui apprend qu’ils ne sont pas morts, que Médée les a trompés puis a caché les enfants au-delà du temps et qu’ils doivent précisément se réveiller en ce 3ème siècle. Jason décide de partir à la recherche de ses fils et Merlin de l’accompagner ainsi que plusieurs autres guerriers, dont Urtha, le jeune chef, et Niiv, la chamane amoureuse de Merlin. Cette quête va les mener des glaces du Nord au sanctuaire de Delphes et se diviser pour partir vers d’autres buts, comme la horde vengeresse de Brennos qui marche aussi sur la Grèce.
Dans cette ambitieuse trilogie, Robert Holdstock mêle les mythologies grecques et celtiques. Il centre son texte sur la voix de Merlin narrateur qui dévoile une personnalité empreinte d’égoïsme. Car l’enchanteur n’utilise sa magie, inscrite dans ses os, qu’avec parcimonie, au risque de vieillir. Bien souvent, ses amis lui demandent d’en user en leur faveur, mais il hésite, voire refuse, car chaque acte magique lui coûte un peu d’énergie vitale. Or il doit se préserver car il est l’enchanteur vagabond qui doit parcourir le monde et le temps.

Robert Holdstock a indéniablement un grand talent de conteur : il sait créer des personnages denses et complexes, des héros aux personnalités ambiguës, bien au-delà des stéréotypes héroïques. Si l’on est convaincu par la quête d’un Jason qui découvre peu à peu la perversité de Médée la magicienne, on l’est moins par le mélange des mythologies et finalement des genres puisque le voyage dans le temps des enfants de Jason tient plus de la SF que de la fantasy. Quel intérêt de voir Jason le Grec évoluer au milieu des hordes furieuses de Celtes guerriers ? Ces situations improbables ne sont pas vraiment convaincantes, peut-être parce que Merlin manque de cette humanité qui entraîne l’empathie du lecteur. Et Holdstock se laisse parfois déborder par son art de conteur : il fait trop long, les pages se tournent sans qu’il ne se passe grand chose, l’attention du lecteur s’envole… Bref, la magie de l’enchanteur n’opère pas.

Robert Holdstock sur Mes Imaginaires

Le Codex Merlin – 1 : Celtika (Celtika. Book One of the Merlin Codex, 2001), Robert Holdstock traduit de l’anglais par Thierry Arson, Le Pré aux Clercs, 2003, 425 pages, 19,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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