Le Jourde et Naulleau : précis de littérature du XXIe siècle – Pierre Jourde


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Amis lecteurs, amis bibliothécaires qui aimez Madeleine Chapsal et Philippe Labro, passez votre chemin car ce livre n’est pas pour vous ! A tous les autres que le nombrilisme angotien et l’égocentrisme sollersien insupportent, plongez dans ce pastiche du Lagarde et Michard et ne mégottez pas votre plaisir : ce livre est un vrai bonheur, de ceux qui vous font rire tout seul dans le bus ou le métro. Car voilà, l’impitoyable Pierre Jourde, déjà responsable du très décapant La littérature sans estomac (L’esprit des péninsules, 2002), nous revient avec une série de portraits de onze pauvres hères qui, dit-on, font la littérature française d’aujourd’hui. Et pour asseoir son pastiche, Jourde se présente en critique des années 2100, ce qui nous permet de le faire figurer sur ce site !
« Ils s’amusent à épingler, avec une certaine ironie, mais sans méchanceté, onze écrivains remarquables et remarqués » nous dit la 4ème de couverture? qu’il me soit permis de dire que je le trouve tout de même parfois méchant, en tout cas très cynique et d’un humour qui doit faire grincer bien des dentiers germano-pratins. Je ne résiste pas au rituel de l’extrait (du portrait de Marie Darrieussecq, la pauvre…) : « Ce dernier thème [les petits enfants] est traité à fond, sans précautions, dans Le Bébé (2002), texte d’une rare violence, qui a épouvanté les intellectuels parisiens, si éloignés de la réalité authentique et des vrais gens. La fameuse scène de la couche-culotte, notamment, a marqué les esprits, et suscité de très vives réactions, à tel point que l’on a craint un instant l’interdiction du livre. Fort heureusement, il n’en a rien été. Il reste que l’ouvrage est presque à chaque page marqué par une tension presque insoutenable : Bébé prendra-t-il son biberon ? A-t-il ou non bien fait son rot ? Comment savoir ? Pourquoi popo ? Pourquoi pas popo ?… » Et la pauvre Emmanuelle Bernheim dont « la lecture, très jeune, de Nous deux, décide de [la] carrière : elle sera écrivain« ? Il y en a autant au service de Guillaume Dustan, Alexandre Jardin, Camille Laurens… et quand on lit un portrait, on a l’impression que c’est le meilleur alors que le suivant est au moins aussi bon : un vrai régal. Car Pierre Jourde va jusqu’au bout de son pastiche et comme Lagarde et Michard sélectionne des extraits de romans qu’il commente : c’est impitoyable et nous permet de mesurer la vacuité de ces textes, leur pauvreté stylistique et linguistique ainsi que leur manque radical d’imagination, en dehors du « tout-à-l’égo ».
Et réjouissons-nous : « les écrivains soulagés de ne pas y être ne perdent rien pour attendre, puisqu’ils seront dans le deuxième tome« …

Le Jourde et Naulleau : précis de littérature du XXIe siècle, Pierre Jourde et Eric Naulleau, Mots et Cie, février 2004, 215 pages, 13,50 euros

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