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Concerto pour l’Abattoir – Gil Graff

Graff-G-1.jpg« Concerto pour l’Abattoir est un roman bouleversant, dont les personnages vibrent longtemps après qu’on en a tourné la dernière page« , affirme la 4ème de couverture, et cette fois, l’argument publicitaire n’est pas vain. Ce roman inattendu est effectivement très poignant et juste, ses personnages sont émouvants, en particulier le héros, Matthieu, 17 ans, qui vit dans l’ancienne ville de Villone avec les déclassés et autres tarés en tout genre que les dirigeants de New Villone laissent crever petit à petit de misère, voire aident à passer plus rapidement l’arme à gauche.
Car New Villone doit être le creuset d’une nouvelle race, pure et forte, débarrassée de tous ses anciens vices et dépourvue de tares. Pas de place pour les faibles. Matthieu et son ami Bertrand sont du mauvais côté de la barrière, ce dernier mourant lentement du sida qu’on essaie même plus de soigner. Mais il apparaît que Matthieu a un don : il exerce sur autrui une sorte de pouvoir magnétique inconscient. En voyant Matthieu, en lui parlant, tout paraît soudain plus beau, la misère est moins noire et le ciel plus bleu. Même l’infâme Millau, cet impitoyable salaud qui écrase tous les faibles, sort bouleversé de son entrevue avec lui. Le jeune garçon, naïf, ivre de liberté et accablé de misère, incarne une figure christique émouvante et sincère.

Le style âpre, parfois crû, de Gil Graff impose un ton aussi impitoyable que l’est cette société idéale de 2013 qui fait frémir. Car cette société-là concrétise avec réalisme mais sans revendications ou clichés appuyés, ce que serait notre avenir si certains extrémistes de droite arrivaient au pouvoir en France. Petit à petit, tous les degrés de l’exclusion et du racisme sont franchis pour parvenir à l’élimination pure et simple de tous les imparfaits et autres improductifs. Véhiculée par des médias aussi puissants qu’abrutissants, cette idéologie a endormi l’humanité en l’homme ; c’est désormais la loi du plus fort. Matthieu, sans l’avoir décidé, va se dresser contre ce système et réveiller en chacun ce sentiment d’injustice et de révolte qui rend l’être humain digne et émouvant.

Lisez donc ce roman fort qui sans être démonstratif du tout en appelle à notre clairvoyance et incarne l’innocence et l’espoir de l’homme dans ce qu’ils peuvent avoir de plus sincère. Un seul bémol, à mon avis désastreux sur l’éventuel acheteur : l’horrible couverture.

Concerto pour l’Abattoir, Gil Graff, CyLibris (SF), janvier 2004, 261 pages, 19€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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