Le dernier chasseur de sorcières – James Morrow


Morrow-1.jpgSoixante-dix ans de la vie d’une femme, et quelle femme ! Jennet Stearne fille et soeur de chasseurs de sorcières et surtout nièce par alliance d’une sceptique qui finira sur le bûcher en confiant à Jennet le soin d’écrire Le livre qui démontrera l’inexistence des démons.

A peine adolescente, Jennet décide donc de consacrer sa vie à ce grand oeuvre qui l’amènera à quitter l’Angleterre de la Restauration pour l’Amérique coloniale. Durant le grand périple de sa vie, elle rencontrera Isaac Newton, qu’elle admire, sera prisonnière des Indiens Micmacs pendant quinze ans, deviendra la maîtresse, à un âge avancé, du jeune imprimeur Benjamin Franklin et, accusée de sorcellerie, trouvera un défenseur en la personne de Charles de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu.

James Morrow délaisse donc la SF satirique pour le roman historique et Dieu pour son plus grand ennemi, le Diable. Dans l’Angleterre et l’Amérique du XVIIIème siècle, nous nous accrochons avec enthousiasme aux pas de cette superbe héroïne qui au nom de la science et de la raison choisit de vouer sa vie à combattre l’infâme race des chasseurs de sorcières dont son frère est l’ultime représentant. Des sorcières de Salem à l’abrogation de la loi anti-sorcières, Morrow plonge sa plume philosophique dans l’encrier de la science, nous faisant partager les tâtonnements et hésitations des plus grands scientifiques des Lumières. Certains passages sont donc ardus, voire obscurs à ceux qui n’ont jamais donné dans la physique newtonienne ou les lois de Kepler. Même si ces théories sont démontrées avec la fougue et l’allant d’un livre de Newton qui fait, dans le récit, de régulières apparitions à la première personne, il faut s’accrocher ou sauter quelques pages pour retrouver Jennet Stearne et son indéfectible combat contre les démons.

Un beau portrait de femme donc, à une époque où elles ne sont qu’épouses ou sorcières, et une grande fresque historique au temps où la rationalité scientifique côtoyait les plus sombres superstitions.

Cet article a été publié dans Science-Fiction Magazine n°41, février 2004

James Morrow sur Mes Imaginaires

 

Le dernier chasseur de sorcières (The Last Witchfinder, 2003), James Morrow traduit de l’anglais (américain) par Philippe Rouard, Au Diable Vauvert, octobre 2003, 685 pages, 23€

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