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Les Royaumes d’épines et d’os / 1 – Greg Keyes

KeyesVoilà enfin un roman de fantasy qui se résume en deux phrases : le roi de bruyère se réveille, que va-t-il advenir du royaume de Crotheny ? Et cela sur 488 pages… Il ne faut cependant pas vous décourager car il s’agit d’un très bon roman, qui donne la priorité à une vaste galerie de personnages, tous plus fouillés les uns que les autres et qui entrent peu à peu en interaction.

Il y a d’abord Aspar White, gardien de la forêt royale, qui ne sait interpréter les signes morbides qui défigurent son territoire : traces de pas gigantesques, faune aquatique dévastée, fuite des peuples qui l’habitent depuis des siècles et surtout cadavres humains atrocement mutilés. Il y a Stéphane Darige, jeune érudit capturé par des bandits et délivré par Aspar ; il entre au monastère d’Ef, inquiétante maison où vivent des moines extrêmement cruels. Il y a la famille royale avec Guillaume, le roi, sa femme Murielle, Robert son intrigant de frère et leurs enfants dont Charles qui, simple d’esprit, ne peut régner et Anne, la révoltée que l’on fait enfermer au couvent pour la calmer mais qui y rencontre Cazio. Enfin citons Neil Meq Vren, le pur et nouvellement noble, qui pour avoir sauvé la vie de la reine devient le capitaine de ses gardes.
Tous ces personnages, denses et cohérents, se succèdent de chapitres en chapitres, se croisent parfois et toujours s’interrogent : si le roi de bruyère se réveille, quel sera le sort du royaume ? Car les anciennes légendes liées au réveil de ce roi sont apocalyptiques… Stéphane lit des malédictions interdites dans son monastère, Anne a des visions et Aspar poursuit le greffyn, sorte de monstre dont la vue seule suffit à paralyser. Tandis que la guerre se prépare, orchestrée par Robert, chacun cherche à comprendre, tout en cédant à quelques faiblesses bien humaines…

Il faut donc peut-être déjà être un bon lecteur de fantasy pour apprécier ce nouveau cycle qui ne donne pas, pour une fois, la part belle à l’action et aux combats, sauf sur la fin. Il ne se passe pas grand-chose dans ce premier tome si ce n’est la mise en place d’une atmosphère, d’une magie des lieux et des hommes. Une belle réussite car on ne peut lâcher ce livre avant sa dernière page.

Cet article a été publié dans Lecture Jeune n°110-111, septembre 2004

Les Royaumes d’épines et d’os – 1 : le roi de bruyère (The Briar King, 2003), Greg Keyes traduit de l’anglais (américain) par Jacques Collin, Fleuve Noir (Rendez-vous ailleurs), janvier 2004, 488 pages, 20€

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