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Les enchantements d’Ambremer – Pierre Pevel

Pevel-3.jpgParis, 1909. Les messieurs portent la redingote et les belles dames, des bottines à boutons. Altière, la tour Eiffel domine la capitale et attire les touristes. Mais il ne s’agit pas de cette tour de métal que nous contemplons aujourd’hui encore. C’est une construction en bois blanc magique. Car depuis que les fées ont décidé de révéler aux hommes l’existence de l’OutreMonde, des créatures et des objets merveilleux peuplent notre monde.
Louis Denizart Hippolyte Griffont vient de l’OutreMonde. Né vers le début du 15ème siècle, c’est un mage qui appartient à l’une des trois principales confréries représentées sur terre. Appelé à la rescousse par le directeur d’une maison de jeux, il va bientôt mettre à jour un trafic d’objets enchantés. Et ledit trafic va prendre peu à peu des proportions terrifiantes, engendrant meurtres et massacres. Aidé par son ex-femme, la séduisante enchanteresse Isabel de Saint-Gil, Griffont va devoir faire ressurgir les vieux conflits qui opposent la Reine des Fées à sa soeur jumelle, la Reine Noire.
Un scénario qui se veut rocambolesque pour un roman dont l’unique surprise est un style plus que désolant. Pierre Pevel nous avait enchanté par le monde noir et violent de Wielstadt, il nous afflige avec ses Enchantements d’Ambremer. Les descriptions sont d’une lourdeur hors du commun et les explications servies à la louche cassent le rythme de l’histoire et l’imagination du lecteur. Les clichés succèdent aux clichés : le méchant pince les lèvres d’un sourire glacial ; l’iris des yeux de l’héroïne est « une couronne d’ambre fauve où luisent des éclats d’émeraude » ; quant à Ambremer, la capitale de l’OutreMonde, située à 20 minutes en métro de la Porte Maillot, elle est sans doute inspirée par Viollet-Le-Duc et semble tout droit sortie d’un dessin animé de Walt Disney. Et tout est à l’avenant. Ce n’est pas un enchantement : c’est un cauchemar.
Il en résulte que ce Paris merveilleux n’est absolument pas crédible, tout y paraît surfait. Alors que les peuples imaginaires sont censés y vivre en harmonie avec les hommes, ils sont simplement plaqués sur un décor en toc. On oublie donc vite ce couple de magiciens, pour se plonger dans les ombres démoniaques et captivantes de Wielstadt.

Cet article a été publié dans Science-Fiction Magazine n°37, octobre 2003

Pierre Pevel sur Mes Imaginaires

Les enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel, Le Pré aux Clercs, 2003, 346 p, 15,90€

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Mes Imaginaires est un blog de lecture animé depuis le 6 janvier 2004 par Sandrine Brugot : chroniqueuse littéraire, membre du jury du Grand Prix de l'Imaginaire de 2008 à 2018, formatrice et animatrice de débats.

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